Jacques Villeneuve démonte la charge de John Elkann contre Hamilton et Leclerc et dénonce une culture qui étouffe ses pilotes.

La sortie au vitriol de John Elkann, exigeant de ses pilotes qu’ils “parlent moins”, n’en finit pas de faire des vagues. Après Jenson Button et Günther Steiner, c’est au tour de Jacques Villeneuve, champion du monde 1997 de F1, de monter au créneau.
Connu pour son franc-parler légendaire, le Canadien n’a pas seulement critiqué la forme, il a aussi livré une analyse de fond. Pour lui, cette attaque publique n’est pas un simple dérapage, c’est un symptôme du “mal Ferrari”, une culture d’autodestruction qui a déjà “cassé les dents” des plus grands noms de ce sport.
Villeneuve a qualifié les commentaires d’Elkann de “choquants”. Mais il n’est pas surpris. C’est, selon lui, le retour d’un vieux démon. « Il ne faut pas s’étonner, souvenez-vous comment ça s’est terminé avec Prost, avec Mansell, avec Alonso, avec Vettel », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par Crash.net. « Cela semble être une tendance chez Ferrari. Ferrari passe en premier. Et Ferrari protégera toujours Ferrari. »
Villeneuve identifie une culture d’entreprise où le pilote, quelle que soit sa stature, n’est qu’un employé qui doit se taire. Le problème, c’est que cette méthode ne fonctionne pas. Elle n’a fait que pousser vers la sortie les “pilotes avec de la personnalité”, les seuls capables de faire avancer l’équipe.
Le champion canadien a ensuite démonté la logique même de l’attaque d’Elkann. Pourquoi s’en prendre aux pilotes après le Brésil ? « Le Brésil s’est juste mal terminé, non pas parce qu’il y avait un manque de rythme ou parce que les pilotes faisaient du mauvais travail », a rappelé Villeneuve.
Il a raison. Leclerc a été une victime collatérale d’un accident qu’il n’a pas provoqué. Hamilton s’est battu avec une voiture endommagée par un contact avant de recevoir une pénalité contestable. À aucun moment, les pilotes n’ont été la cause directe du désastre.
Villeneuve estime que l’intervention d’Elkann est une simple réaction émotionnelle, une comparaison maladroite avec la victoire en WEC (Endurance). « C’est un jeu différent », a-t-ajouté. Le plus grand danger, selon Villeneuve, est ce que ce message envoie aux deux hommes. Il prévient que les pilotes “le prendront personnellement”. « Vous prenez des pilotes qui peuvent aussi penser, qui peuvent aider à faire avancer l’équipe », insiste-t-il. « Ce ne sont pas des petits robots que vous mettez à un endroit et qui font tout ce que vous voulez du bout des doigts. »
Hamilton, en particulier, a passé l’année à se plaindre des procédures internes et des faiblesses de la voiture. Lui demander de “parler moins”, c’est lui demander d’arrêter de faire son travail de septuple champion du monde : identifier les problèmes.
Villeneuve ne voit pas “comment ces commentaires peuvent être utiles”, si ce n’est pour briser une unité de façade et créer un climat de méfiance. « C’est une route glissante », prévient-il, rappelant que c’est exactement comme cela que les précédentes relations entre Ferrari et ses stars (Prost, Alonso…) ont volé en éclats.