Le moteur Renault vivra sa dernière course à Yas Marina : un monument de la F1 disparaît avant l’arrivée du bloc Mercedes en 2026.

Dimanche soir, quand le drapeau à damier s’abaissera sur le circuit de Yas Marina, le monde de la Formule 1 n’aura d’yeux que pour le nouveau champion du monde. Pourtant, quelques mètres plus loin dans la pit-lane, un autre événement historique se jouera dans une discrétion presque coupable. Après près de 50 ans d’histoire, d’innovations et de triomphes, le moteur Renault s’apprête à pousser son dernier soupir en compétition.
Ce n’est pas seulement une fin de saison pour Alpine, c’est la fin d’une ère industrielle française. L’écurie d’Enstone basculera vers une motorisation Mercedes dès 2026, scellant le sort du V6 hybride conçu à Viry-Châtillon.
La décision de stopper le programme moteur, orchestrée par la nouvelle direction emmenée par Flavio Briatore, l’homme des basses œuvres, selon le maire de Viry-Châtillon, a été brutale et controversée. Mais sur le terrain, l’émotion des techniciens est palpable. Avant d’expédier les dernières unités de puissance vers Abu Dhabi, les employés de l’usine de Viry-Châtillon ont posé un geste symbolique fort.
Sur les réseaux sociaux, l’équipe a dévoilé des images du dernier bloc moteur, couvert de signatures au marqueur blanc. Chaque nom griffonné sur le carbone est celui d’un ingénieur, d’un mécanicien ou d’un technicien qui a consacré sa carrière à la recherche de la performance. « Les membres de l’équipe ont signé le dernier moteur V6 hybride avant son départ… avant notre dernière course ensemble », a sobrement commenté l’écurie.
C’est un adieu intime à une mécanique qui, malgré les difficultés récentes de l’Alpine A525 (lanterne rouge du championnat), reste l’héritière d’une lignée royale.
Renault a débarqué en 1977 en F1 avec une idée folle : le moteur turbo. Raillée à ses débuts avec la fameuse “Yellow Teapot” (la théière jaune) qui fumait souvent, cette technologie allait révolutionner la discipline.
Le moteur Renault, c’est l’histoire de la domination des années 90 avec Williams (les titres de Mansell, Prost, Hill, Villeneuve), des sacres de Michael Schumacher chez Benetton, et de l’ère glorieuse de Fernando Alonso (2005-2006). C’est aussi le moteur qui a propulsé Sebastian Vettel et Red Bull vers quatre titres consécutifs.
Voir ce monument s’éteindre définitivement dimanche soir est un choc culturel. Contrairement aux retraits précédents (1997, 2011), celui-ci a un goût d’irréversible. La Formule 1 perd l’un de ses quatre motoristes historiques, laissant Ferrari, Mercedes et bientôt Red Bull-Ford et Audi se partager le gâteau.
Si le silence se fera sur les circuits, l’usine de Viry-Châtillon ne fermera pas ses portes. La transformation est déjà actée. Le site historique devient “Hypertech Alpine”, un centre d’ingénierie de pointe dédié aux futurs véhicules de série et aux supercars de la marque.
Les compétences acquises dans la gestion de l’énergie hybride et des batteries haute performance seront transférées vers la route. Mais pour les puristes, voir le savoir-faire de Viry quitter la compétition reine reste un gâchis.
Dimanche, Pierre Gasly et Franco Colapinto auront la lourde tâche de boucler ces derniers kilomètres. Espérons que la mécanique au Losange tienne bon jusqu’au bout, pour offrir à cette légende une sortie digne, debout, et non dans un panache de fumée.
Making a mark.
— BWT Alpine Formula One Team (@AlpineF1Team) December 2, 2025
Members of the team signed the final V6 Hybrid Power Unit to leave Viry-Châtillon, ahead of our final race together, this weekend in Abu Dhabi. pic.twitter.com/U7AForsp69