Norris méritait-il une pénalité pour l’action sur Tsunoda ?

Le titre 2025 s’est joué sur ce dépassement : Norris hors piste, mais poussé par Tsunoda. Verdict : aucune pénalité et couronne sauvée

C’est l’image qui a failli faire basculer le championnat du monde 2025. Au 24e tour du Grand Prix d’Abu Dhabi, Lando Norris, alors en pleine remontée, s’est retrouvé face au lieutenant de Max Verstappen : Yuki Tsunoda. Le Japonais, investi d’une mission de “défense totale”, a poussé l’exercice jusqu’à la rupture. Norris l’a doublé, mais en passant ses quatre roues bien au-delà de la ligne blanche.

Dans 90% des cas, un dépassement hors piste entraîne une sanction immédiate : soit le pilote doit rendre la position, soit il écope de 10 secondes de pénalité. Si cette sanction était tombée hier soir, avec Charles Leclerc menaçant à quelques secondes derrière, Lando Norris aurait probablement perdu le titre. Alors, pourquoi les commissaires ont-ils décidé de blanchir le Britannique ? La réponse se trouve dans les petits caractères du Code Sportif International.

Pour juger Norris, les commissaires ont d’abord dû juger Tsunoda. En revoyant les images de la caméra embarquée, la défense du pilote Red Bull est apparue comme le facteur déclenchant. Dans la longue ligne droite de retour, Tsunoda a effectué plusieurs changements de trajectoire (ce qu’on appelle du “weaving”) pour casser l’aspiration de la McLaren.

C’est une infraction claire aux directives de la FIA. Un pilote a le droit de faire un mouvement pour défendre, puis un mouvement pour revenir vers la trajectoire idéale avant le freinage. Pas de zigzaguer.

Lorsque Norris a plongé à l’intérieur pour porter son attaque, Tsunoda a resserré la porte de manière agressive. C’est là que se joue la nuance réglementaire : Norris n’a pas choisi d’aller hors piste pour gagner du temps, il y a été contraint pour éviter une collision à 300 km/h.

Les commissaires ont appliqué une jurisprudence constante : si un pilote est “poussé hors piste” par une manœuvre illégale de son adversaire, il n’est pas tenu responsable du non-respect des limites de piste. Le rapport officiel est sans équivoque : « Si la voiture 22 [Tsunoda] n’avait pas fait ces mouvements, la voiture 4 [Norris] l’aurait dépassée sans sortir de la piste. »

En d’autres termes, sanctionner Norris aurait revenu à récompenser la conduite dangereuse de Tsunoda. C’est pourquoi le Japonais a écopé de 5 secondes de pénalité et d’un point sur sa licence, tandis que le dépassement de Norris a été validé. Une décision saluée par Zak Brown, qui a qualifié la manœuvre de Tsunoda de “dangereuse et inutile”, rappelant qu’il y a une limite entre le jeu d’équipe et la mise en danger d’autrui.

Il faut souligner l’importance capitale de ce jugement. Si les commissaires avaient appliqué une lecture binaire du règlement (“il est sorti, donc il est pénalisé”), le championnat aurait changé de main sur tapis vert. Avec Leclerc finissant à seulement 6 secondes de Norris sous le drapeau à damier, une pénalité de 10 secondes aurait éjecté le Britannique du podium, offrant le titre à Verstappen.

En reconnaissant les circonstances atténuantes, la FIA a évité un nouveau scandale type “Abu Dhabi 2021”. Lando Norris a pris tous les risques en gardant le pied au plancher dans la poussière, mais c’était un risque calculé face à un adversaire qui n’avait plus rien à perdre. Le titre s’est joué à quelques centimètres de bitume et beaucoup de bon sens arbitral.

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