Donald Trump décrète un GP IndyCar à Washington. Un précédent politique spectaculaire… mais pourquoi la F1 ne peut pas suivre le même chemin.

Ce vendredi 30 janvier, le président des États-Unis, Donald Trump, a signé, aux côtés de Roger Penske, un décret présidentiel imposant la tenue d’un Grand Prix d’IndyCar dans les rues de Washington D.C. pour le 250e anniversaire de l’indépendance américaine. Si l’annonce fait l’effet d’une bombe dans le sport automobile américain, elle pose une question inévitable pour nous, passionnés de Formule 1 : le pouvoir exécutif peut-il imposer un tel séisme à Liberty Media et à la FIA ?
L’ordre exécutif signé par le Président ne se contente pas de suggérer un événement ; il ordonne aux départements des Transports et de l’Intérieur de désigner un tracé en deux semaines seulement. Trump utilise ici le levier de “l’intérêt national” lié au 250e anniversaire (America250) pour court-circuiter les années de négociations habituellement nécessaires à un circuit urbain.
Cependant, la F1 n’est pas l’IndyCar. Si Roger Penske, propriétaire de l’IndyCar et proche du Président, est un partenaire enthousiaste, Liberty Media navigue dans des eaux plus internationales. Pour que la F1 débarque sur Pennsylvania Avenue, il ne suffirait pas d’une signature à la Maison-Blanche. Il faudrait l’accord d’une entreprise cotée en bourse qui protège jalousement l’exclusivité et le prestige de ses épreuves actuelles (Miami, Las Vegas, Austin).
Sur le plan de la faisabilité pure, la F1 fait face à un défi que l’IndyCar ignore. Les monoplaces américaines sont conçues pour être “robustes” ; elles encaissent les bosses et les raccords de bitume de Détroit ou de Nashville sans sourciller. Une Formule 1 exige un revêtement de Grade 1 FIA. Pour transformer les avenues dégradées de la capitale fédérale en tapis de billard capable d’accueillir les bolides, les travaux de génie civil seraient colossaux, dépassant de loin ce que demande l’IndyCar.
De plus, la FIA impose des zones de dégagement (run-offs) et des barrières Tecpro que les monuments nationaux ne permettraient pas facilement. Placer une rangée de grillages FIA devant le Capitole ou transformer le National Mall en zone de freinage à haute énergie poserait des problèmes de conservation que même un décret présidentiel aurait du mal à balayer.
Le plus grand frein n’est peut-être pas technique, mais législatif. Une loi interdit actuellement toute publicité sur les terrains du National Mall et du Capitole. Pour l’IndyCar, Trump demande au Congrès de lever cette interdiction. Mais la F1, véritable panneau publicitaire roulant, ne peut pas exister sans ses sponsors. Si le Congrès, actuellement divisé, refuse de faire cette exception pour “sport washing”, le projet meurt dans l’œuf.
Contrairement à l’IndyCar “Freedom 250” qui sera gratuit pour le public (financé par des fonds fédéraux et des partenaires comme FOX), le modèle économique de la F1 repose sur des billets à prix d’or et des paddocks VIP démesurés. Intégrer un “Paddock Club” de luxe au milieu des musées de la Smithsonian sans défigurer le site semble, à ce jour, être une équation impossible.
Si Donald Trump a le pouvoir de “forcer” l’IndyCar à Washington en s’appuyant sur son amitié avec Roger Penske et la fibre patriotique de la série, la Formule 1 reste une bête diplomatique différente. Liberty Media n’a probablement aucun intérêt à froisser ses promoteurs de Miami ou Las Vegas pour une épreuve unique et politiquement marquée.
Le “Freedom 250” de Washington restera donc sans doute une exclusivité IndyCar : un sprint entre les monuments, gratuit et populaire, parfaitement aligné avec l’ADN américain. Pour la F1, Washington restera une carte postale, magnifique mais techniquement hors de portée pour les standards actuels de la discipline.
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