Le retour du Grand Prix de Malaisie à Sepang bute sur une facture de 75 millions $ par an, symbole d’une F1 dominée par la logique financière

Le circuit international de Sepang, qui a accueilli la Formule 1 pendant près de vingt ans, nourrit toujours l’espoir de revenir au calendrier. Mais cet espoir a un coût jugé astronomique : Liberty Media, propriétaire des droits de la F1, réclame pas moins de 75 millions de dollars par saison. Une somme démesurée qui révèle l’évolution du modèle économique du sport, où l’histoire et la passion pèsent peu face à la puissance financière de certains États.
Azhan Shafriman Hanif, PDG du circuit de Sepang, a détaillé les conditions exigées :
– 70 millions de dollars de droits d’entrée annuels,
– 5 millions de frais d’organisation.
Un total faramineux, d’autant plus difficile à rentabiliser que le promoteur local ne profite que de la billetterie. Les revenus principaux — droits TV, sponsoring mondial, hospitalité VIP du Paddock Club — sont captés par Liberty Media. Résultat : le modèle est intenable pour une structure privée, même avec des billets vendus au prix fort.
Le cas Sepang illustre une tendance irréversible : accueillir un Grand Prix de F1 n’est plus une entreprise commerciale, mais un projet politique et diplomatique. La discipline est un outil de soft power, réservé aux gouvernements prêts à financer à perte pour gagner en visibilité mondiale.
Les circuits historiques en souffrent :
– L’Allemagne a disparu faute de rentabilité.
– Zandvoort ne renouvellera pas son contrat après 2026.
– Spa, Monza ou Silverstone survivent grâce aux subventions publiques, leur avenir restant incertain à chaque négociation.
Face à eux, des pays du Moyen-Orient et d’Asie paient sans sourciller des droits d’entrée toujours plus élevés pour s’offrir la vitrine de la F1.
Pour Shafriman Hanif, une seule stratégie permettrait d’espérer un retour : copier l’approche de Singapour. Là-bas, le Grand Prix est une opération nationale impliquant ministères, tourisme, secteur privé et hôtellerie, afin de transformer l’événement en moteur économique et en outil d’image.
La Malaisie avait déjà quitté le calendrier en 2017, jugulée par des coûts alors trop élevés. Aujourd’hui, le retour ne pourra se faire qu’à condition que l’État considère la F1 comme un investissement stratégique, et non comme une simple activité sportive.
Les fans nostalgiques de ce tracé spectaculaire devront donc attendre une décision politique : accepter ou non de payer 75 millions de dollars par an pour que Sepang retrouve sa place au sein d’une Formule 1 devenue, plus que jamais, une affaire de prestige national.