Entre Lewis Hamilton qui veut prendre le dessus et Charles Leclerc qui défend sa position, la bataille pour le leadership de Ferrari devient de plus en plus personnelle
Le Grand Prix d’Italie devait être une grande fête pour Maranello. Avec Lewis Hamilton et Charles Leclerc installés sur la deuxième ligne, Ferrari pouvait espérer un gros résultat à Monza. Mais la course a rapidement tourné au fiasco, entre un duel musclé dès le premier virage, l’abandon de Leclerc et une nouvelle sortie médiatique de Hamilton sur le fonctionnement de la Scuderia.
Ferrari avait pourtant placé ses deux voitures dans une position idéale pour viser le podium à domicile. Quelques secondes après le départ, l’écurie se retrouvait déjà confrontée à un problème qu’elle va devoir régler : comment laisser ses deux pilotes se battre sans que leur rivalité ne finisse par pénaliser toute l’équipe ?
Hamilton, parti derrière Leclerc, a tenté de se porter à l’intérieur au premier virage. Le Britannique est parvenu à se retrouver à hauteur de son équipier avant le deuxième virage, où Leclerc a conservé la ligne intérieure.
Les deux Ferrari se sont alors retrouvées très proches. Par manque de place, Hamilton a finalement quitté la piste et traversé les graviers, perdant plusieurs positions dans l’opération. Le septuple champion du monde est tombé jusqu’à la dixième place avant de remonter jusqu’au sixième rang à l’arrivée.
Leclerc, lui, avait remporté ce premier duel au forceps mais n’a pas profité longtemps de sa position. Une erreur quelques instants plus tard dans la Parabolica a envoyé sa Ferrari dans le mur et mis fin à son Grand Prix. Pour la Scuderia, le résultat est difficile à avaler : deux voitures parties de la deuxième ligne et aucune d’elles capable de se battre pour le podium à l’arrivée.
L’incident du premier tour a rapidement divisé les observateurs. Nico Rosberg considère que la responsabilité revient entièrement à Leclerc. Selon le champion du monde 2016, Hamilton était suffisamment avancé à l’approche du point de corde pour que le pilote à l’intérieur lui laisse de la place. Rosberg estime donc que Leclerc aurait dû éviter de pousser son équipier hors de la piste.
Martin Brundle a livré une lecture différente. Pour le consultant de Sky Sports F1, Hamilton avait certes réussi une attaque ambitieuse au premier virage, mais Leclerc était suffisamment devant au moment du deuxième virage pour défendre sa position. Il ne pense pas que le Monégasque aurait nécessairement écopé d’une pénalité.
Les deux hommes se sont toutefois rejoints sur un point : l’attaque de Hamilton était particulièrement agressive et a contribué à rendre la bataille extrêmement tendue.
Hamilton réclame des règles claires entre les deux Ferrari
Après la course, Hamilton a mis en cause le fonctionnement de Ferrari. Pour le Britannique, le problème ne concerne pas uniquement l’incident de Monza, mais la manière dont l’équipe encadre les affrontements entre ses deux pilotes.
Chez Mercedes, Hamilton avait connu plusieurs batailles très tendues avec Nico Rosberg, mais l’écurie disposait de règles d’engagement clairement définies. « Tout se résume aux règles d’engagement », a expliqué Hamilton. « Quand j’étais chez Mercedes, nous avions des règles écrites. Ici, il n’y a pas de règles. Nous devons régler ça. »
Une déclaration qui place directement Frédéric Vasseur face à ses responsabilités. Hamilton estime que les décisions prises par l’équipe doivent également évoluer pour éviter que les mêmes situations ne se reproduisent.
Le pilote Ferrari ne s’est pas arrêté à la question des règles de course. Il a également estimé que la manière dont Ferrari communique et prend ses décisions devait être revue. « Si nous continuons sur la même voie, nous aurons le même résultat », a lancé Hamilton, qui souhaite désormais que la Scuderia change certaines procédures.
Hamilton a également été contrarié par la stratégie à Monza, notamment après le choix des pneumatiques au moment du redémarrage et la décision de ne pas le faire rentrer sous voiture de sécurité virtuelle. Il estimait notamment que Ferrari aurait pu profiter de cette neutralisation pour changer ses pneus.
Vasseur refuse encore de privilégier Hamilton ou Leclerc
La question des consignes d’équipe se pose désormais avec davantage d’insistance. Hamilton dispose d’une avance nettement supérieure à celle de Leclerc au championnat, ce qui avait déjà alimenté les discussions avant Monza sur une éventuelle priorité donnée au Britannique.
Après la course, Hamilton a toutefois estimé qu’il était désormais trop tard pour changer complètement de stratégie. L’écart avec les pilotes Mercedes et avec Kimi Antonelli s’est encore creusé après le désastre de Monza.
Vasseur, lui, reste prudent. Le directeur de Ferrari considère qu’il était encore trop tôt avant le Grand Prix d’Italie pour désigner officiellement un pilote numéro 1.
Le Français s’est notamment appuyé sur l’exemple de McLaren en 2025 : Oscar Piastri était alors en tête du championnat à ce stade de la saison, mais une priorité donnée trop tôt à l’Australien aurait, selon lui, pu permettre à Max Verstappen de décrocher le titre.
Leclerc reconnaît que les deux pilotes sont allés trop loin
Charles Leclerc a de son côté reconnu que le duel avait dépassé les limites raisonnables. Le Monégasque estime que Hamilton a été très agressif au premier virage, avant d’avoir lui-même tenté de prendre la deuxième courbe avec une trajectoire extrêmement serrée. Cela n’a pas suffi à éviter le contact.
« Ici, c’est vrai que nous sommes allés trop loin », a reconnu Leclerc.
Le pilote Ferrari s’est toutefois montré agacé par l’idée que lui et Hamilton seraient engagés dans une guerre permanente depuis plusieurs courses. Il estime que les discussions autour de leur rivalité ont déjà pris trop d’importance, notamment après l’épisode de Zandvoort.
Les grandes rivalités entre équipiers de l’histoire récente de la Formule 1 ont généralement atteint leur paroxysme lorsque le championnat du monde était directement en jeu. Hamilton et Rosberg chez Mercedes, mais aussi Senna et Prost ou Vettel et Webber chez Red Bull, se battaient parce que leurs voitures leur permettaient de viser les plus grands titres.
La situation est différente chez Ferrari. Malgré ses ambitions, la Scuderia n’est actuellement pas dans la lutte pour le championnat pilotes. Antonelli et Russell disposent d’une avance importante, tandis que Ferrari doit surtout tenter de limiter les dégâts au championnat constructeurs.
Cela ne signifie pas pour autant que les deux hommes n’ont rien à gagner dans cette confrontation. Hamilton a connu une première saison Ferrari compliquée et semble désormais avoir retrouvé davantage de rythme. Ses performances récentes lui offrent l’occasion de démontrer qu’il peut encore rivaliser avec son équipier.
Leclerc, lui, avait largement pris le dessus sur Hamilton en 2025. Voir le Britannique revenir devant lui au championnat change forcément le rapport de force dans le garage Ferrari.
Chacun a donc ses raisons de vouloir prendre l’ascendant, même si cette bataille individuelle ne doit pas se transformer en problème collectif.






