Jenson Button admire Fernando Alonso mais ne comprend plus ce qui le pousse à se battre face à une génération née après ses débuts

Jenson Button et Fernando Alonso incarnent deux philosophies opposées de la fin de carrière. Alors que le Britannique vient de raccrocher définitivement son casque après une ultime pige en Endurance, il regarde son ancien rival espagnol avec un mélange d’admiration et d’incompréhension. Pour Button, il est temps pour Alonso de troquer le baquet pour la paternité.
Jenson Button, champion du monde 2009, porte un regard apaisé sur sa propre trajectoire. Père de deux enfants, Hendrix et Lenny, il a trouvé dans sa vie personnelle une adrénaline différente de celle des freinages tardifs. C’est cette sérénité qu’il souhaite désormais à Alonso, qui fêtera ses 44 ans la saison prochaine.
L’Anglais a déclaré au micro de Sky F1 : « Fernando ! Allez, mon vieux. » Derrière cette interpellation amicale se cache une vraie interrogation sur le sens du sacrifice. Button imagine volontiers l’Espagnol transmettre son flambeau à une descendance plutôt que de continuer à chasser des dixièmes de seconde face à des pilotes qui n’étaient pas nés lors de ses débuts en 2001. « J’aimerais le voir avec une bande de petits Fernando qui courent partout […] Si mon fils ou ma fille sautait dans un kart, cette émotion serait probablement plus forte que de gagner un championnat du monde. »
Cette déclaration souligne le fossé qui s’est creusé entre les deux hommes. Button a tourné la page de la compétition pure pour embrasser la transmission. Alonso, lui, reste un animal de course, dont la vie entière est encore architecturée autour du calendrier de la F1 et de la performance pure.
Si Alonso repousse encore l’échéance de la retraite, au grand dam de Button, c’est parce qu’il attend un alignement des planètes bien précis. Le pilote aux 425 départs n’a pas gagné depuis 2013, mais il sait que la révolution réglementaire de 2026 redistribuera les cartes.
Aston Martin prépare un grand coup. L’arrivée d’Adrian Newey, le génie derrière les Red Bull dominatrices, couplée au partenariat exclusif avec Honda et aux nouveaux carburants durables, offre à Alonso une ultime fenêtre de tir. C’est cette perspective qui le maintient en éveil. Partir maintenant, ce serait abandonner juste avant de savoir si le pari Lawrence Stroll est gagnant.
L’objectif n’est pas de courir pour courir, mais de valider si ce nouveau châssis, l’ARM26, peut lui offrir ce troisième titre qui lui échappe depuis vingt ans. Le paradoxe d’Alonso réside dans sa propre vision de la retraite. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas l’échec qui le pousserait vers la sortie, mais le succès.
L’Asturien a confié que s’il dispose d’une voiture gagnante et qu’il obtient des résultats probants, il pourrait envisager de s’arrêter plus facilement. La logique est celle des grands champions : partir sur une victoire, au sommet de son art, plutôt que de faire la saison de trop en fond de grille.
Alonso place l’intérêt de l’équipe avant le sien : « Je n’ai pas besoin de courir maintenant pour prouver quoi que ce soit. » Tant que le chronomètre ne le trahit pas, il continuera. Pour l’instant, le seul “bébé” qui intéresse l’Espagnol est celui que dessine actuellement Adrian Newey à Silverstone.