Oscar Piastri admet que l’équité totale imposée par McLaren a généré des tensions internes au cœur de la lutte pour le titre.

Avec un titre constructeurs sécurisé dès Singapour et un sacre pilotes arraché par Lando Norris face à Max Verstappen, l’écurie de Woking a validé sa méthode. Pourtant, Oscar Piastri, troisième du championnat, dresse un bilan nuancé de cette fameuse équité sportive, les célèbres “Papaya Rules”.
Il est rare en Formule 1 de voir une écurie refuser de choisir un numéro 1 alors qu’un titre mondial est en jeu. C’est pourtant le pari risqué tenu par Zak Brown et Andrea Stella. Au soir du Grand Prix des Pays-Bas, Oscar Piastri comptait pourtant 34 points d’avance sur le reste du peloton. Dans n’importe quelle autre structure, l’Australien aurait été désigné fer de lance unique pour la fin de campagne. Pas chez McLaren.
La direction a maintenu une égalité stricte, refusant de sacrifier les chances de Lando Norris pour consolider l’avance de Piastri. L’Australien admet aujourd’hui que cette philosophie a engendré des moments de tension interne palpables : « Parfois, cela a été inconfortable pour tout le monde, mais finalement, cela a été une bonne chose. […] Ils nous ont donné à tous les deux la meilleure chance possible de nous battre équitablement. »
Cette approche a connu son paroxysme à Monza. Alors que l’équipe avait martelé qu’elle n’utiliserait pas de consignes, elle a demandé à Piastri de s’effacer pour compenser un arrêt aux stands raté de son coéquipier. Une intervention paradoxale pour une équipe prônant la liberté en piste, mais qui visait à rétablir une “justice” chronométrique plutôt qu’à favoriser un pilote.
Cette gestion démocratique a failli coûter très cher. En laissant ses deux pilotes se prendre des points l’un à l’autre — comme au Japon où aucune consigne n’a été donnée pour bloquer Verstappen — McLaren a laissé la porte entrouverte.
Red Bull, grâce à un développement agressif de la RB21 en fin de saison, s’est engouffré dans la brèche. Max Verstappen a profité de cette dispersion des points chez les oranges pour revenir à un souffle du titre, échouant à deux unités seulement du sacre. Rétrospectivement, la stratégie de McLaren ressemble à une roulette russe qui a fini par payer, mais qui a fait suer froid tout le muret des stands.
Si les “Papaya Rules” ont pu frustrer, Oscar Piastri refuse de s’en servir comme unique excuse pour expliquer sa troisième place finale (à 13 points de Norris et 11 de Verstappen). L’Australien fait preuve d’une lucidité admirable sur sa propre performance.
Après la mi-saison, son avance au championnat a fondu non pas à cause des stratégies, mais à cause d’une série d’erreurs personnelles et d’incidents de course. Ses crashs à Bakou et au Brésil, couplés à un week-end sans rythme à Mexico, ont pesé bien plus lourd dans la balance comptable que les quelques points non échangés par l’équipe. L’erreur stratégique au Qatar a été le coup de grâce, mais la dynamique s’était inversée bien avant.
Loin de remettre en cause le système, Piastri semble valider cette approche pour l’avenir. L’absence de hiérarchie claire a forcé les deux pilotes à élever leur niveau de jeu pour se battre l’un contre l’autre, créant une émulation qui a permis de verrouiller le titre Constructeurs très tôt.
McLaren aborde donc 2026 avec deux pilotes au statut identique, ayant prouvé que l’on peut gagner sans sacrifier l’éthique sportive sur l’autel du pragmatisme absolu. Une méthode “inconfortable”, certes, mais victorieuse.
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— McLaren (@McLarenF1) December 14, 2025