Apple pourrait révolutionner la diffusion de la F1. Une dynamique qui, si elle se propage à l’Europe, mettrait Canal+ en difficulté

Canal+ a toutes les raisons de suivre ce dossier de très près. Apple veut aller plus loin après le succès mondial de son film sur la Formule 1. Selon plusieurs sources américaines concordantes, la firme de Cupertino prépare une offensive pour acquérir les droits de diffusion du championnat du monde aux États-Unis à partir de 2026. Mais derrière cette bataille transatlantique, c’est toute la stratégie de diffusion mondiale de la F1 qui pourrait être bouleversée.
Apple TV+ a frappé fort avec le film F1 porté par Brad Pitt, déjà crédité de plus de 300 millions de dollars de recettes avant même sa sortie mondiale complète. La plateforme veut désormais mettre la main sur la retransmission en direct des Grands Prix en suivant le modèle qu’elle applique déjà avec la Major League Baseball (MLB) et la Major League Soccer (MLS), dont elle détient les droits de diffusion exclusifs dans certains territoires.
Le contrat actuel avec ESPN expire fin 2025, et bien que la chaîne américaine ait la priorité de renouvellement, elle n’aurait pas activé la clause d’exclusivité à temps. Résultat : Apple, mais aussi Netflix et Amazon, sont désormais en lice pour s’emparer du plus gros marché en croissance de la discipline.
Si cette guerre des droits semble, à première vue, ne concerner que le territoire américain, elle pose en réalité les bases d’un changement de paradigme global. Les diffuseurs traditionnels comme Canal+ doivent se préparer à l’idée que les plateformes de streaming deviennent, à moyen terme, les nouveaux acteurs dominants en matière de retransmission sportive.
Le cas de la MLS est éclairant : Apple a signé un contrat de 10 ans pour en devenir l’unique diffuseur, y compris en dehors des États-Unis. Une logique d’unification de la diffusion par pays ou par langue pourrait s’imposer demain à la F1. Si Apple ou Netflix mettaient la main sur les droits européens, voire mondiaux, Canal+ pourrait se retrouver évincée d’un produit phare de sa grille, malgré des audiences solides et un lien fort tissé avec les fans français.
Netflix, qui produit déjà Drive to Survive, a ouvert la porte à des expériences de retransmission sportive en direct (Netflix Cup), tandis qu’Amazon continue d’étendre son empreinte dans le sport automobile après un premier accord avec la NASCAR. Tous voient la F1 comme une passerelle vers un public jeune, international, et prêt à payer pour du contenu exclusif.
Doug Perlman, expert de Sports Media Advisors, résume cette mutation, selon MotorsportWeek : « Les plateformes de streaming étaient vues comme un problème de couverture. Elles sont devenues un atout en termes de portée. Elles atteignent des millions d’abonnés, souvent en dehors de la TV payante traditionnelle. »
En se positionnant sur les droits F1 aux États-Unis, Apple teste un modèle qui pourrait rapidement s’étendre à d’autres marchés. Le contrat français de Canal+ court jusqu’en 2029, mais l’intérêt croissant des géants de la tech pour les droits sportifs fragilise ces accords à long terme. Si Apple prouve qu’elle peut monétiser efficacement la F1 aux États-Unis, rien ne l’empêchera de viser l’Europe dès le prochain appel d’offres.
Je pense qu’il n’y a pas à s’inquiéter car Canal + et Liberty Media s’entendent très bien. Apple TV + n’est pas rentable, la plateforme fait perdre 1 milliard par an à Apple.