Frédéric Vasseur désamorce les tensions chez Ferrari, : après une colère générale en interne, il affirme que l’équipe reste unie et déterminée

À la veille du Grand Prix des États-Unis, Frédéric Vasseur a livré son traditionnel communiqué de presse. Un exercice de communication calibré, où il est question du tracé d’Austin, de la “précision” requise par ses virages, et du “défi” que représente le format Sprint. Un discours technique, presque clinique. Une manière de dire que la Scuderia est au travail, concentrée sur la piste.
Mais ce message, délivré avec la calme assurance d’un homme qui cherche à éteindre un incendie, venait surtout en réponse à une situation qui, en interne, serait tout sauf calme. L’ambiance se serait beaucoup détériorée depuis Singapour.
Le point de départ de la secousse, c’est une phrase assassine qu’un pilote peut lâcher à chaud, et qui en dit long sur l’état d’esprit actuel. Après une nouvelle course sans podium à Marina Bay, Charles Leclerc avait dressé un constat assez pessimiste : “Mercedes est maintenant au même niveau que McLaren et Red Bull, et puis il y a nous.” Puis, la formule qui a mis le feu aux poudres : “En ce moment, on a l’impression d’être des passagers de la voiture et de ne pas pouvoir en extraire beaucoup plus.”
Des “passagers” ! Le mot est dur. Il ne décrit pas un manque de performance, mais un sentiment d’impuissance. Il suggère une monoplace imprévisible, ingérable, sur laquelle les pilotes n’ont plus de prise. Une critique qui, forcément, vise directement ceux qui l’ont conçue et qui la gèrent.
À Maranello, une critique publique de cette nature n’est jamais un simple commentaire. C’est un acte politique. La réaction ne s’est pas fait attendre. Selon la presse italienne, l’écho de cette déclaration a été violent. Le Corriere dello Sport a fait état d’une partie des ingénieurs “en colère contre Leclerc pour sa critique sans concession de la voiture et de sa gestion”. La Gazzetta dello Sport, de son côté, a évoqué des “relations tendues entre les différents départements de l’équipe”.
Bref, le mot “clash” n’est pas trop fort.
C’est dans ce contexte de division interne que la déclaration de Frédéric Vasseur prend tout son sens. Après avoir évoqué les défis du circuit texan, il a glissé la phrase que tout le monde attendait, celle qui devait servir d’extincteur : “Nous savons que nous n’avons pas maximisé le potentiel de notre package lors des dernières courses, mais l’équipe est unie et totalement déterminée à inverser la tendance.”
Un classique exercice de communication de crise, une tentative de présenter un front uni alors que les rumeurs font état de fissures. Le directeur de l’équipe est dans son rôle, celui de protéger l’institution. Mais la réalité factuelle est là : Ferrari est troisième au championnat, à 27 points de Mercedes, et la frustration d’un pilote du calibre de Charles Leclerc ne sort que très rarement de nulle part.