Mercedes voit son avance fondre après la victoire de Lando Norris à Zandvoort et doit désormais composer avec une McLaren en pleine progression
Il y a encore quelques semaines, le championnat 2026 semblait filer tout droit vers Mercedes. Kimi Antonelli avait creusé un écart conséquent, George Russell restait dans le coup et la domination des Flèches d’Argent paraissait suffisamment solide pour décourager les poursuivants.
Puis Lando Norris s’est réveillé. Après sa victoire en Hongrie, le Britannique a remis ça à Zandvoort, cette fois dans une course beaucoup plus révélatrice. Parti de la pole, dépassé par Antonelli après le deuxième départ, il a repris le dessus à la régulière avant de s’imposer avec une vraie maîtrise stratégique. Deux victoires consécutives, deux pole et surtout un retard au championnat passé de 101 à 83 points en seulement deux courses.
La saison est encore longue, mais Mercedes ne peut plus regarder McLaren dans son rétroviseur avec la même tranquillité.
Le moment clé de la course est arrivé dès la relance après le drapeau rouge. Antonelli s’est engouffré à l’intérieur au premier virage et a pris la tête. Zandvoort ne facilite pas les dépassements et Mercedes avait déjà montré une excellente vitesse le samedi. Norris avait de quoi être inquiet et pourtant, il ne s’est pas démonté.
Le champion du monde en titre est resté au contact de l’Italien et a commencé à réduire l’écart lorsque les deux pilotes ont chaussé les pneus durs. Surtout, McLaren a constaté que Norris était capable de faire durer ses gommes bien mieux que prévu.
La stratégie a alors complètement changé. Mercedes a anticipé l’arrêt de Norris et a fait rentrer Antonelli avant que McLaren puisse tenter son undercut. Norris n’avait donc plus vraiment intérêt à s’arrêter immédiatement : il aurait simplement retrouvé son rival dans les mêmes conditions, sans véritable possibilité de le dépasser.
McLaren a pris le risque inverse. Norris a prolongé son relais, puis est rentré sept tours après Antonelli. Il est ressorti derrière la Mercedes, mais avec un avantage énorme en matière de capital pneus. A partir de là, tout s’est accéléré. En un seul tour, il a repris 1,5 seconde.
Quelques instants plus tard, il était dans les échappements d’Antonelli. Au premier virage, le Britannique a tenté l’extérieur, a tenu sa McLaren sur la trajectoire et a récupéré la tête. Cette fois, il n’a pas eu besoin d’attendre une erreur de Mercedes.
Norris a gagné le duel que Mercedes ne voulait surtout pas perdre
Antonelli n’a pas été battu par un concours de circonstances. Norris l’a rattrapé, mis sous pression puis dépassé alors que les deux pilotes disposaient de voitures capables de jouer la victoire. George Russell l’a d’ailleurs reconnu après l’arrivée en désignant McLaren comme l’équipe à battre. Antonelli lui-même a estimé que Mercedes n’avait désormais plus la voiture la plus rapide du plateau.
Même Toto Wolff a dû changer de ton. Le patron de Mercedes a reconnu que Norris était désormais une véritable menace pour le championnat, tout en citant Ferrari dans la même catégorie. Avec 83 points d’avance sur Norris, Antonelli possède encore une marge confortable, mais elle n’est plus aussi rassurante qu’avant.
Le problème de Mercedes est que ses rivales ont commencé à dépenser leur budget de développement plus tôt dans la saison. McLaren a introduit un important package aérodynamique qui semble avoir changé la donne. Ferrari a également apporté plusieurs évolutions et s’est rapprochée des Flèches d’Argent.
Mercedes, elle, a choisi de répartir davantage ses ressources sur l’ensemble de la saison. Le choix pouvait sembler logique lorsque l’équipe gagnait huit des douze premières courses. Il devient forcément plus inconfortable maintenant que ses adversaires ont réduit l’écart.
Wolff a concédé que la situation est devenue plus compliquée. Mercedes ne devrait pas introduire de nouvelle évolution majeure avant octobre, alors que McLaren vient justement de remporter deux courses consécutives.
Antonelli arrivera à Monza avec une pénalité qui tombe très mal
Comme si cela ne suffisait pas, Kimi Antonelli va devoir composer avec une pénalité sur la grille à Monza. Wolff a confirmé que l’Italien utilisera un nouveau moteur lors de son Grand Prix à domicile, ce qui entraînera la sanction associée. Norris vient déjà de reprendre 18 points en deux courses. Une pénalité à Monza pourrait donc lui donner une nouvelle occasion de grignoter l’avance d’Antonelli.
Monza sera également un test intéressant pour Norris.
Zandvoort convenait particulièrement bien à la McLaren grâce à ses virages rapides. Le tracé italien, avec ses longues lignes droites et ses gros freinages, pourrait davantage mettre en évidence les faiblesses de la MCL40, notamment son déficit de vitesse de pointe.
Norris refuse de se voir déjà champion : « Une course à la fois », répète-t-il. Le Britannique reste 83 points derrière Antonelli et sait que certaines pistes à venir pourraient moins convenir à sa McLaren. Pour lui, la voiture n’est pas encore suffisamment complète pour parler sérieusement de championnat.
« Je sais que je viens de gagner deux courses d’affilée et d’avoir fait deux pole d’affilée, mais pour le moment, je n’ai pas la voiture qu’il me faut pour me battre pour un championnat », a-t-il expliqué. Ce qui ne l’empêche évidemment pas d’y croire.
Le souvenir de 2025 nourrit forcément les espoirs de Norris
Norris a de bonnes raisons de s’accrocher. L’année dernière, Max Verstappen avait réalisé un comeback complètement improbable. Le Néerlandais accusait alors un retard de 108 points avant de revenir à seulement deux unités de Norris au terme de la saison.
Le championnat 2026 est loin d’être dans une situation aussi spectaculaire, mais l’exemple est encore frais. Norris sait donc mieux que personne qu’un championnat peut basculer très rapidement. Il s’est d’ailleurs permis de le rappeler avec une pointe d’ironie.
« J’espère que Mercedes aura une double disqualification à Las Vegas comme nous l’avons eue et qu’ils décideront de ne pas s’arrêter au Qatar pour un arrêt gratuit. Tant qu’ils font les mêmes erreurs, ce sera probablement tout aussi facile », a-t-il lancé.
C’est évidemment une boutade. Norris sait surtout qu’il n’a pas besoin de reprendre 83 points en quelques courses. S’il continue à gagner, la pression finira forcément par retomber sur Mercedes.
Andrea Stella a insisté sur la confiance nouvelle de son pilote. Le patron de McLaren estime sur le NewYorkTimes que Norris fait preuve d’une agressivité et d’une assurance supérieures à celles affichées auparavant. Le dépassement sur Antonelli en est un bon exemple.
Après avoir longtemps été critiqué pour sa gestion des moments décisifs, le champion du monde semble désormais beaucoup plus sûr de lui. Pour Mercedes, c’est probablement encore plus préoccupant que les deux victoires.



