Mercedes va bien arrêter de motoriser certaines équipes

Toto Wolff l’assume : fournir un tiers de la grille n’est plus viable. Mercedes va réduire le nombre de ses équipes clientes en Formule 1

Mercedes, qui motorise actuellement quatre écuries sur les onze présentes sur la grille (l’écurie d’usine, McLaren, Williams et désormais Alpine), s’apprête à réduire la voilure. Toto Wolff, le directeur de Mercedes F1, a été très clair sur ses intentions futures : le rôle de “super-fournisseur” touche à sa fin pour privilégier l’efficacité opérationnelle et la quête de titres pour la propre structure de Brackley.

Fournir un tiers du plateau est un casse-tête industriel que Mercedes ne souhaite plus assumer dans les mêmes proportions. Lors d’une récente intervention dans le podcast Beyond the Grid, Toto Wolff a révélé que la réflexion menée avec Ola Källenius, le PDG de Mercedes, tend vers une réduction drastique : « Notre état d’esprit actuel est que nous allons réduire le nombre d’équipes que nous fournirons lors du prochain cycle. » Le dirigeant autrichien estime que le chiffre idéal se situe désormais « entre deux et trois » partenaires au total.

Cette décision s’explique par des contraintes de production de plus en plus pesantes. Pour le premier Grand Prix à Melbourne, Mercedes doit expédier pas moins de 16 moteurs pour l’ensemble de ses clients. À titre de comparaison, un motoriste comme Honda ne s’occupe que d’Aston Matin. Wolff souligne les conséquences de cette démesure : « Cela signifie des délais de livraison plus longs, des cycles de production plus longs. À l’avenir, ce ne sera plus quatre équipes. »

Pourtant, motoriser plusieurs écuries présente un avantage indéniable en termes de développement, surtout lors d’un changement de réglementation comme celui de 2026. Hywel Thomas, le patron de Mercedes High Performance Powertrains (HPP) à Brixworth, reconnaît l’apport inestimable de cette multiplication des retours techniques. « Vous avez quatre fois plus d’ingénieurs assis autour de vous qui vous disent : “Non, vous pouvez faire ça mieux. Vous pouvez faire ça de cette façon” », explique-t-il. Cette accumulation de kilomètres permet de corriger les failles beaucoup plus rapidement que ne peuvent le faire Audi ou Honda, qui ne motorisent qu’une seule structure.

Cependant, cet avantage a un coût caché : la rigidité du design. Pour produire autant de blocs identiques, Mercedes doit figer ses concepts bien plus tôt que ses concurrents. Thomas admet que ce compromis est délicat : « Nous devons prendre quelques décisions plus tôt. Je ne suis pas certain que le bon chiffre soit une, deux, trois ou quatre équipes. Il y a définitivement un point d’équilibre quelque part, probablement plus proche de quatre que de une. »

L’amertume face au succès de McLaren

L’autre raison réside dans la frustration de voir les écuries clientes surpasser l’écurie d’usine. En 2025, McLaren a dominé le championnat des constructeurs et porté Lando Norris vers son premier titre mondial, alors que Mercedes n’a récolté que 56 % des points de son propre client. Pour Toto Wolff, la mission de l’usine de moteurs de Brixworth doit être recentrée : « La raison d’être de HPP est de remporter des championnats du monde avec l’écurie d’usine. »

Le succès des clients est perçu avec un pragmatisme teinté de sévérité par la direction de l’étoile. Wolff affirme que « personne ne s’intéresse à une sorte de succès client en dehors de notre petit microcosme ». Pour lui, voir un moteur Mercedes gagner dans un châssis orange est avant tout un aveu d’échec pour ses propres ingénieurs à Brackley : « Cela signifie que notre voiture n’était pas assez bonne pour battre McLaren. C’est un simple fait. »

Hywel Thomas martèle cette identité commune qui lie le motoriste à l’écurie de course officielle. « Nous existons pour faire une seule chose, et c’est de gagner des championnats du monde avec Mercedes », insiste-t-il, rappelant que les ingénieurs de Brixworth font partie intégrante de l’entité Mercedes F1. Si la fourniture de clients reste un bon “banc d’essai” et une nécessité économique, elle ne doit plus se faire au détriment de la réactivité de l’écurie principale.

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