Ferrari subit une grosse perte parmi ses ingénieurs

Figure majeure du paddock, Jock Clear quitte Ferrari à l’aube de 2026, pointant l’épuisement du calendrier et un besoin de transmission.

Alors que la Scuderia Ferrari s’apprĂŞte Ă  entamer l’une des saisons les plus scrutĂ©es de son histoire, elle perd l’un de ses piliers techniques les plus expĂ©rimentĂ©s. Jock Clear, figure emblĂ©matique du paddock depuis plus de trente ans et ingĂ©nieur de performance de premier plan, a officiellement confirmĂ© son dĂ©part de Maranello. Ce n’est pas seulement un ingĂ©nieur qui s’en va, mais une vĂ©ritable mĂ©moire vivante de la discipline, ayant accompagnĂ© les plus grands champions vers les sommets.

L’influence de Jock Clear sur la Formule 1 moderne est immense. ArrivĂ© chez Ferrari en 2015, il a occupĂ© diverses fonctions stratĂ©giques, dont celle de conseiller et coach de Charles Leclerc. Mais son hĂ©ritage remonte bien plus loin. Clear appartient Ă  cette gĂ©nĂ©ration d’ingĂ©nieurs capables de traverser trois ères rĂ©glementaires sans perdre leur pertinence.

Ă€ Brackley, il a travaillĂ© aux cĂ´tĂ©s de Michael Schumacher, puis de Lewis Hamilton, contribuant directement au premier titre mondial du Britannique avec les Flèches d’Argent en 2014. Sa capacitĂ© Ă  traduire les sensations d’un pilote en donnĂ©es exploitables pour les ingĂ©nieurs a fait de lui un atout prĂ©cieux. Son dĂ©part laisse un vide dans la structure d’encadrement des pilotes de la Scuderia, au moment mĂŞme oĂą l’expĂ©rience de terrain sera cruciale pour dompter les nouvelles monoplaces de 2026.

Les raisons de ce dĂ©part, bien que personnelles, soulignent un problème structurel croissant en Formule 1 : l’Ă©puisement des effectifs. Ă€ 62 ans, Clear a admis que le calendrier record de 24 courses par an n’Ă©tait plus compatible avec ses prioritĂ©s actuelles. « HonnĂŞtement, 24 courses par an, c’est beaucoup. Je n’envisageais pas un rĂ´le oĂą je ne serais pas sur le terrain, et comme je l’ai dit, il faut regarder l’Ă©quilibre entre vie professionnelle et vie privĂ©e », a-t-il confiĂ© dans un entretien accordĂ© Ă  la presse britannique.

Ce dĂ©part est symptomatique d’une tendance de fond. Alors que la FIA et Liberty Media poussent pour une expansion mondiale, les ingĂ©nieurs de la vieille garde, habituĂ©s Ă  des saisons de 16 ou 17 courses, choisissent de plus en plus de se retirer ou de se concentrer sur des rĂ´les basĂ©s Ă  l’usine. Pour Ferrari, perdre une telle expertise opĂ©rationnelle Ă  la veille d’une rĂ©volution technique est un dĂ©fi de gestion humaine majeur.

Une mission noble : féminiser les paddocks

Loin de prendre une retraite passive, Jock Clear souhaite dĂ©sormais consacrer son temps Ă  une cause qui lui tient Ă  cĹ“ur : l’insertion des femmes dans l’ingĂ©nierie de pointe. Fort de son expĂ©rience avec ses deux filles, dont l’une est ingĂ©nieure, il veut agir sur les statistiques de diversitĂ© dans un milieu encore très masculin.

Les chiffres actuels, bien qu’en progression, montrent l’ampleur du chantier. En 2026, on estime que :

  • Les femmes reprĂ©sentent environ 13 % Ă  15 % des ingĂ©nieurs diplĂ´mĂ©s entrant dans les Ă©curies de F1.
  • Au sein de l’ensemble du personnel technique de la FIA, la part fĂ©minine stagne autour de 10 %.
  • Dans les catĂ©gories de promotion (F3, F2), moins de 5 % des mĂ©caniciens et ingĂ©nieurs de piste sont des femmes.

« Je veux aider de plus en plus de filles, dès leur plus jeune âge, Ă  entrer dans le sport automobile, simplement pour faire grimper les statistiques », explique Clear. Il prĂ´ne une approche par le bas de la pyramide, de la formation initiale jusqu’aux formules de promotion, pour garantir un flux constant de talents fĂ©minins capables d’atteindre les postes Ă  haute responsabilitĂ©.

Author: Elisabeth Maingé, Consultante
Ingénieure de formation et passionnée de Formule 1 depuis son enfance, Élisabeth Maingé évolue au sein d’un grand constructeur automobile, où elle travaille dans le domaine de la recherche et du développement. Elle met son expertise technique au service de F1ACTU en analysant les performances des monoplaces, les choix aérodynamiques et les enjeux liés aux évolutions réglementaires. Son regard d’ingénieure apporte un éclairage précis sur les forces en présence dans le paddock, en reliant les données techniques aux performances en piste.

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