JEV dévoile son ambition chez Citroën, son rôle clé dans le projet Stellantis et analyse le déroulement du championnat 2025 de F1

Jean-Éric Vergne attaque un nouveau chapitre avec Citroën en Formula E, déterminé à porter un projet d’usine ambitieux dans une discipline où il a déjà tout gagné, tout en gardant un regard aiguisé sur une F1 secouée par les rebondissements de fin de saison.
Le double champion FE nous a parlé sans filtre de sa nouvelle aventure, du chaos qui secoue Red Bull, du casse-tête Hamilton chez Ferrari… et de cette fin de saison où tout peut basculer d’un côté ou de l’autre.
Citroën : l’ambition d’un double champion
Jean-Éric Vergne (JEV) est le pilote le plus titré de la Formule E. Il a transformé la FE en terrain d’expression. Aujourd’hui, il tourne la page Peugeot — momentanément — pour se lancer dans une structure 100 % Stellantis avec Citroën. Une décision mûrie, presque instinctive.
Pour JEV, ce choix est avant tout stratégique et personnel. « Les raisons principales étaient le projet à long terme de la marque et ma proximité avec Stellantis que je connais très bien, » nous a-t-il confié : « En tant que pilote français, essayer de devenir champion du monde avec Citroën en Formule E, ce serait extraordinaire et c’est notre but en commun. »
Le projet est tout neuf, mais JEV pose immédiatement le cadre : apporter du rythme, de la méthode et cette capacité à transformer les week-ends moyens en week-ends utiles : « J’apporte mon expérience de course, le fait de ramener les points quand on doit les ramener. J’essaie de créer une osmose au sein de l’équipe pour que tout le monde ait envie de travailler… pour aller gagner des courses et se battre pour des championnats. » L’objectif est affiché : être performant dès la première course de la Gen 4.
Au fil de ses mots, on sent d’ailleurs qu’il ne voit pas ce programme comme une simple parenthèse sportive, mais comme une mission au sens large. Citroën n’est pas pour lui une feuille blanche : la marque porte un passé dense — des titres en WRC, en WTCC — et cette identité nourrit sa motivation. Vergne semble prendre très au sérieux l’idée d’écrire un premier chapitre réussi pour la marque.
Ce sens de la responsabilité dépasse même le cadre sportif. Vergne parle de Stellantis comme d’une institution qu’il connaît de l’intérieur. Il sait que la FE est devenue un laboratoire technologique autant qu’un levier d’image. Il assume ce rôle d’ambassadeur sans en faire un étendard marketing : faire gagner Citroën, c’est aussi servir la stratégie électrique du groupe. « On est des ambassadeurs », dit-il. Pour lui, cela signifie porter un projet industriel tout en restant focalisé sur une seule obligation : être rapide, marquer des points, gagner.
Le regard expert sur la F1 : l’électrochoc Verstappen
Malgré son emploi du temps chargé, JEV, reste un observateur attentif de la F1. Impossible pour lui de décrocher complètement de ses anciennes amours. Vergne connaît Red Bull de l’intérieur, et il suit la redistribution des rôles avec beaucoup d’attention. Le Français a réagi à la promotion de Laurent Mekies qui a repris les fonctions Christian Horner. JEV est élogieux à l’égard du nouveau directeur : « J’adore Laurent. Je pense que c’est un mec top pour le job et qu’il a déjà prouvé. […] Il lui reste plus qu’à aller gagner des championnats du monde et je suis sûr qu’il va y arriver. »
L’autre point chaud, c’est évidemment Max Verstappen — et l’inévitable question Hadjar. Le Français est pressenti pour s’installer à ses côtés en 2026. JEV ne doute pas du talent du rookie, mais : « Avoir Max à côté dans la voiture, c’est pas chose facile. […] C’est un réel test. »
Cela fait plusieurs années que Red Bull cherche un coéquipier capable d’exister à côté du Néerlandais et personne n’y parvient. Hadjar aura une nouvelle réglementation pour l’aider. Mais l’obstacle reste colossal.
Cependant, c’est sur la course au titre que Vergne a basculé sur l’analyse pure. Même si Lando Norris possède une avance de quelques points et semble le favori logique, JEV insiste sur la ténacité de son ancien coéquipier : « Il faudrait vraiment que les McLaren aient des problèmes, enfin ce qui n’est pas impossible, ou se crashent les deux, ce qui n’est non plus pas impossible, et que Red Bull gagne les deux dernières courses. Mais bon, jamais ne jamais sous-estimer Max. »
Ce rappel est d’autant plus pertinent que McLaren s’est tiré une balle dans le pied à Las Vegas. La double disqualification des monoplaces papaye pour non-conformité du fond plat n’a pas seulement réduit l’écart comptable ; elle a surtout boosté Verstappen. Le Néerlandais, désormais sur une dynamique de reconquête inespérée, va se battre avec l’agressivité qui le caractérise jusqu’au dernier tour.
Le cas Hamilton : Il faut du temps pour le plus grand pilote de l’histoire
L’actualité F1 a également été marquée par les déclarations résignées de Lewis Hamilton, qui a avoué qu’il n’y aurait “jamais de déclic” avec sa Ferrari, qualifiant sa saison de “pire de sa carrière.”
Jean-Éric Vergne adopte une position mesurée mais très respectueuse face aux difficultés du Britannique : « Je pense que Lewis est probablement le plus grand pilote que la F1 ait jamais connu. »
Plutôt que d’incriminer le style de pilotage ou la méthode de travail (comme le font certains observateurs), JEV attribue la situation à une question de temps et de contexte défavorable. Comme Lewis lui-même, JEV mise sur le futur : « Il faut lui laisser du temps. Il y a une fois de plus une nouvelle voiture qui arrive l’an prochain, les cartes vont être rabattues, donc à voir comment ça va se passer. »
Un point de vue qui rejoint l’analyse de son patron, Frédéric Vasseur, qui espère que la nouvelle réglementation mettra fin à la crise de confiance de son pilote.
Le pronostic final
Malgré son avertissement concernant la rage de vaincre de Verstappen, JEV garde un pragmatisme de parieur : « Sur qui je miserais ? Sur celui qui est leader du championnat, celui qui a le plus de chance. Après, que le meilleur gagne. » Jean-Éric Vergne mise donc sur Lando Norris pour remporter le titre 2025, tout en insistant que le duel est loin d’être terminé.
🎤 Transcription intégrale de l’interview avec Jean-Éric Vergne
Les réponses ci-dessous sont retranscrites textuellement et mises à disposition du public et des médias (Pour exploitation presse, reproduction autorisée à condition de citation de F1ACTU.com).
Formula E & Citroën
Vous venez d’être annoncé chez Citroën pour la saison 2025-26 de Formula E. Quelles ont été les motivations principales de ce choix et que représente cette marque pour vous ?
« Alors les raisons principales étaient le projet à long terme de la marque et ma proximité avec Stellantis que je connais très bien. C’était aussi le fait que ce serait une équipe 100 % Stellantis, ce qui me donnait beaucoup de confiance quant à l’avenir. Il y a eu les choix techniques par rapport à la Gen 4 qui allait arriver. Citroën représente une marque historique dans le monde du sport automobile, avec toutes ses victoires en WRC et WTCC. Et en tant que pilote français, essayer de devenir champion du monde avec Citroën en Formule E, ce serait extraordinaire et c’est notre but en commun. »
Votre expérience en Formula E est très riche : deux titres consécutifs, de nombreux podiums. Quels sont, selon vous, les enseignements majeurs que vous apportez à une équipe en création comme Citroën ?
« J’apporte mon expérience de course, le fait de ramener les points quand on doit les ramener. J’essaie de créer une osmose au sein de l’équipe pour que tout le monde ait envie de travailler et de se pousser à pousser leurs limites pour aller gagner des courses et se battre pour des championnats. C’est aussi faire en sorte que, quand on a de mauvaises courses, on puisse rebondir le plus rapidement possible et ne pas rester trop longtemps dans une spirale négative. À la fin de la journée, ce qu’un pilote doit apporter, c’est des victoires, des pole positions, des points, et faire en sorte que l’équipe devienne championne du monde. »
Avec Citroën, vous arrivez dans un projet d’usine. Comment voyez-vous l’équilibre entre performance immédiate et construction à moyen terme ?
« Alors les deux vont ensemble, la performance immédiate et la construction à long terme, c’est d’essayer de construire le plus rapidement possible l’équipe. Notre objectif est d’être prêt dès la première course à São Paulo. Il est irréaliste de penser qu’on va être au top niveau dès la première course, mais on va tout de suite se donner tous à 100 %. Il y aura des ajustements au fur et à mesure des courses pour qu’on s’améliore à chaque fois. On apprendra toujours de nos erreurs et on grandira tous ensemble en tant qu’équipe. Une équipe prend du temps à se former, mais ce n’est pas pour autant qu’on ne peut pas être tout de suite performant. »
Le groupe Stellantis est derrière ce projet : comment vos priorités de pilote se coordonnent-elles avec les enjeux industriels, technologiques et de communication de la marque ?
« La priorité du pilote, c’est de gagner. Ce que veut une marque, c’est être représentée par les meilleurs pilotes. Côté extra-circuit, c’est important de parler de la marque, de ses projets, de son implication dans le développement des véhicules électriques et des nouvelles technologies. Mais à la fin de la journée, le pilote doit être capable de gagner des courses et de représenter la marque au plus haut niveau de la Formule E. On est un ambassadeur de la marque, et le sport automobile a toujours été un super vecteur de communication. »
Pour la saison à venir, quels objectifs vous fixez-vous concrètement (victoires, podiums, championnat) et quelles sont les ressources dont vous aurez besoin pour les atteindre ?
« Je pense qu’on a toutes les ressources à notre disposition (ou on ira les chercher). Nous allons clairement viser des victoires et des podiums cette saison. C’est loin d’être impossible. Le championnat est toujours très difficile, mais on va tout faire pour prendre les points quand on peut, chercher la victoire quand on aura l’occasion, et faire les comptes à la fin du championnat. L’objectif est de faire une bonne saison, de terminer sur une bonne note la Gen 3 (qui n’aura pas été extraordinaire pour nous) et de se concentrer sur la Gen 4. L’équipe de course est fully focused sur cette fin de génération 3. »
Endurance & double programme
Peugeot a publié une vidéo assez malicieuse… C’était votre souhait ? Et plus largement, comment vivez-vous cette parenthèse ? Est-ce une pause assumée, ou un simple changement de rythme avant un vrai retour en 2027 ?
« C’est une pause assumée, et c’était mon souhait. Cette saison allait être extrêmement difficile, car nous avons les deux championnats (FE et WEC), ainsi que le développement de la nouvelle Gen 4 avec Stellantis et le développement de la Peugeot pour la saison 2027. Suivre ces quatre programmes en même temps et bien les mener me paraissait compliqué. J’ai par ailleurs quelque chose d’autre dans ma vie privée dont il faut que je m’occupe. Cette pause me permettra de mieux revenir en 2027. Tout est prévu pour que je sois de retour avec Peugeot en 2027. Je pense que l’équipe sera encore plus forte, la voiture meilleure, et le développement de la Gen 4 sera terminé. J’aurai ainsi plus de temps libre et serai de retour encore plus en forme pour la saison 2027 avec Peugeot. »
L’endurance requiert une mentalité différente… Qu’est-ce qui vous attire dans ce type d’épreuves ?
« Ce qui m’attire dans ces épreuves, c’est toujours la même chose : gagner des courses. La réponse est simple. En endurance, que l’on soit seul ou à trois dans la voiture, c’est toujours différent ; c’est plus l’équipe qui brille que le pilote. Il s’agit d’apporter sa pierre à l’édifice dans un travail commun d’équipe avec les autres pilotes pour chercher la victoire en fin de journée. Évidemment, il y a cette course des 24 Heures du Mans, que tout pilote rêve de gagner. C’est un extra boost pour ce championnat, qui est devenu tellement compétitif, avec toutes les grandes marques représentées, que cela le rend extrêmement intéressant et excitant. »
Y a-t-il des éléments de votre activité endurance que vous estimez directement transférables à la Formula E (ou inversement) ?
« Tout est transférable. C’est le travail fourni avec les ingénieurs, le travail sur les systèmes (même si les systèmes entre la FE et l’endurance diffèrent), mais c’est aussi l’intelligence de course et le fait de se bagarrer avec les autres pilotes en piste. En fin de compte, ce sport est difficile parce que nous ne roulons pas beaucoup (contrairement à un footballeur qui s’entraîne tous les jours). Techniquement parlant, nous nous entraînons quelques journées par an. Je trouve que plus on roule, mieux on se porte. C’est intéressant de comparer les voitures, même si elles sont différentes. Nous avons un volant, deux pédales, et le but est d’être le plus rapide possible, de décrocher des pole et de battre les autres pour gagner des courses. »
F1, actualité & avenir
En tant qu’ancien pilote F1 et ancien membre de la famille Red Bull, vous suivez bien sûr l’actualité de la catégorie. Quel est votre regard sur le limogeage de Christian Horner chez Red Bull et son remplacement par Laurent Mekies ?
« No comment, si ce n’est que j’adore Laurent. Je trouve que depuis son arrivée, il s’est tout de suite mis dans le bain, a gagné plusieurs courses et qu’il a un avenir brillant chez Red Bull. J’ai discuté avec leurs pilotes, dont Max, et je pense que c’est un homme très compétent pour le poste, ce qu’il a déjà prouvé. Il ne lui reste plus qu’à gagner des championnats du monde, et je suis sûr qu’il va y arriver. Je suis en tout cas très content pour Laurent. »
Le titre de Max Verstappen reste en jeu : selon vous, quelles sont ses chances aujourd’hui, et que devrait-faire Red Bull pour maximiser ses chances ?
« Je pense que c’est assez irréaliste. Il faudrait vraiment que les McLaren rencontrent des problèmes ou que les deux pilotes s’accrochent (ce qui n’est pas impossible non plus), et que Red Bull gagne les deux dernières courses. Rien n’est impossible, nous avons déjà vu d’énormes retournements de situation par le passé. Mais si je devais parier, je parierais sur le leader du championnat qui a quelques points d’avance [sur Oscar], car il est dans la meilleure situation et sur un bon rythme. Cependant, il ne faut jamais sous-estimer Max. »
Depuis des années, aucun coéquipier n’a vraiment réussi à exister face à Max Verstappen. Isack Hadjar pourrait tenter sa chance en 2026 chez Red Bull. Vous qui connaissez bien la F1, pensez-vous qu’un jeune comme lui puisse casser ce cycle ?
« Je l’espère pour Isack. Il semble faire une très bonne saison chez Racing Bulls. Cependant, avoir Max à ses côtés dans la voiture n’est pas chose facile. C’est un réel test, et nous avons vu d’autres très bons pilotes qui n’ont jamais réussi à exister face à Max. J’espère que cela va bien se passer pour lui. Il ne faut pas oublier qu’une nouvelle réglementation et une nouvelle F1 arrivent, ce qui pourrait rebattre les cartes. Mais oui, c’est compliqué d’être coéquipier de Max. »
On sent que Lewis Hamilton a du mal à trouver ses marques chez Ferrari. À vos yeux, c’est une question de style de voiture, de méthode de travail ou simplement de temps ?
« Je ne sais pas trop répondre à cette question. Je pense que Lewis est probablement le plus grand pilote que la F1 ait jamais connu. Je pense qu’il faut lui laisser du temps. Une nouvelle voiture arrive l’an prochain, les cartes vont être rabattues. Il faudra voir comment cela va se passer. Mais je trouve qu’il fait quand même de très bonnes courses ; il n’a pas souvent eu de chance, mais cela reste Lewis. »
Entre Oscar Piastri et Lando Norris, sur qui miseriez-vous pour remporter le titre 2025 ?
« Sur qui je miserais ? Sur celui qui est leader du championnat, celui qui a le plus de chance. Après, que le meilleur gagne. »