Doohan s’essaie en Super Formula mais ses débuts sont ratés

Doohan se manque en Super Formula : deux sorties identiques à Suzuka. Un signal négatif alors qu’il tente de séduire Toyota et Haas pour 2026.

La Super Formula, avec ses monoplaces ultra-rapides et ses circuits “old school”, est l’endroit idéal pour un ancien pilote de Formule 1 de refaire ses gammes loin de la pression médiatique européenne. C’était le plan de Jack Doohan. Malheureusement, l’aventure nippone de l’Australien a débuté par un faux départ retentissant sur le tracé impitoyable de Suzuka.

Invité à tester pour l’écurie Kondo Racing, propulsée par Toyota, l’ancien pilote Alpine cherchait à prouver qu’il avait sa place dans l’élite après son éviction lors de la saison 2025. Le bilan est lourd : deux jours de roulage, deux accidents, et une réputation de fragilité qui semble le poursuivre.

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Suzuka est un juge de paix. C’est un circuit qui ne tolère aucune approximation, et Jack Doohan l’a appris à ses dépens. Mardi, puis mercredi, l’Australien est sorti de la piste exactement au même endroit : le virage de Degner 2.

Pour les non-initiés, Degner 2 est l’un des virages les plus techniques du calendrier. C’est une courbe à droite courte, aveugle, où l’on doit sacrifier la vitesse d’entrée pour privilégier la sortie sous le pont. La moindre roue dans l’herbe à l’intérieur ou une accélération trop précoce sur le vibreur extérieur envoie inévitablement la voiture dans les graviers. Doohan a touché le mur par l’arrière le premier jour, puis par l’avant le lendemain.

Ces erreurs répétées sont inquiétantes pour un pilote de ce calibre. En Super Formula, où le temps de piste est limité, détruire du matériel lors d’essais est le pire signal à envoyer à une équipe technique japonaise, réputée pour sa rigueur et son exigence de précision.

Ce double incident réveille un souvenir douloureux de sa brève carrière en F1. En avril dernier, lors du Grand Prix du Japon, Doohan avait déjà détruit son Alpine lors des Essais Libres 1. La cause était alors une erreur de débutant : il avait oublié de refermer son DRS avant d’attaquer le premier virage, perdant l’arrière à près de 300 km/h.

Voir le même pilote commettre de nouvelles fautes lourdes sur le même circuit, quelques mois plus tard, pose la question de sa capacité d’adaptation et de sa gestion de la limite. Doohan est rapide, personne ne le nie, mais cette fébrilité coûte cher en carbone et en confiance.

L’Ombre de Haas et Toyota en toile de fond

Ce test s’inscrit dans une manœuvre politique plus large. Depuis son renvoi d’Alpine (remplacé par Franco Colapinto après seulement six courses), Doohan tente de rebondir. Son objectif ? Séduire Haas, qui a récemment renforcé son partenariat technique avec Toyota.

Le plan est séduisant sur le papier : devenir pilote de réserve pour Haas en F1 tout en gardant le rythme en compétition via la Super Formula avec un moteur Toyota. Une stratégie déjà vue par le passé (comme avec Pierre Gasly ou Liam Lawson), qui permet de rester affûté en attendant qu’un baquet se libère en 2027.

Cependant, Kondo Racing n’est pas une écurie de pointe comme TOM’S ou Mugen. Finir 7e du championnat l’an dernier prouve que la voiture demande du travail. En multipliant les sorties de piste, Doohan se tire une balle dans le pied. Masaya Kaji, le directeur du motorsport chez Toyota, est resté diplomate en le qualifiant de “bon pilote”, mais sans rien promettre de concret.

Pour l’instant, aucun contrat n’est signé. Doohan est toujours techniquement lié à Alpine jusqu’en 2026, mais son avenir dépendra de sa capacité à rester sur le bitume. S’il veut convaincre Haas de lui confier un rôle clé, il devra montrer qu’il est un metteur au point fiable, et pas seulement un pilote rapide capable de coups d’éclat… ou de coups dans le mur.

Author: Elisabeth Maingé, Consultante
Ingénieure de formation et passionnée de Formule 1 depuis son enfance, Élisabeth Maingé évolue au sein d’un grand constructeur automobile, où elle travaille dans le domaine de la recherche et du développement. Elle met son expertise technique au service de F1ACTU en analysant les performances des monoplaces, les choix aérodynamiques et les enjeux liés aux évolutions réglementaires. Son regard d’ingénieure apporte un éclairage précis sur les forces en présence dans le paddock, en reliant les données techniques aux performances en piste.

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