Peu visible au classement, Franco Colapinto a pourtant brillé par sa fiabilité. En 2025, il a toujours vu le drapeau à damier quand il s’élançait

Au premier regard, le bilan comptable de Franco Colapinto chez Alpine ressemble à un encéphalogramme plat : zéro point marqué, une écurie lanterne rouge et un remplacement en cours de saison de Jack Doohan qui n’a pas inversé la chute de l’équipe française. Pourtant, en grattant sous la surface des résultats bruts, l’Argentin a réalisé une performance statistique que seul un autre pilote sur la grille a réussi à égaler.
Dans une saison 2025 éprouvante, Franco Colapinto partage un record avec George Russell. Ils sont les deux seuls pilotes à avoir franchi la ligne d’arrivée de tous les Grands Prix qu’ils ont démarrés, sans enregistrer le moindre abandon (DNF).
Arrivé dans le baquet de l’Alpine A525 à partir du Grand Prix d’Émilie-Romagne pour succéder à un Jack Doohan en difficulté, Colapinto s’est retrouvé au volant d’une monoplace complexe et peu performante. Or, l’histoire de la F1 montre qu’il est souvent plus difficile de garder sur la piste une voiture instable de fond de grille qu’une monoplace de pointe bien équilibrée. Les pilotes de fond de peloton ont tendance à surconduire pour compenser le déficit de performance, ce qui mène souvent à la faute.
Colapinto a évité cet écueil. À l’exception d’un crash lors du Sprint au Brésil (qui ne compte pas dans les statistiques des Grands Prix), il a ramené la voiture au garage intacte chaque dimanche.
Il faut apporter une précision technique importante concernant le Grand Prix de Grande-Bretagne. L’Argentin n’a pas pris le départ (DNS) à Silverstone en raison d’un problème mécanique avant l’extinction des feux. Dans la terminologie de la FIA, un “DNS” ne brise pas une série de courses terminées, contrairement à un abandon sur crash ou panne en course. Techniquement, chaque fois que Colapinto a vu les feux s’éteindre, il a vu le drapeau à damier s’agiter.
La valeur de cette statistique prend tout son sens quand on regarde qui est l’autre membre de ce club très fermé. George Russell, quatrième du championnat pilotes et artisan du retour de Mercedes, a tourné comme un métronome. Le Britannique a terminé les 24 courses du calendrier, entrant dans les points à 23 reprises (seul Monaco lui a résisté).
Voir le nom de Colapinto associé à celui de Russell sur le plan de la régularité est un gage de maturité pour le jeune pilote Williams/Alpine. Cela envoie un message rassurant aux directeurs d’écurie : Colapinto ne coûte pas cher en carbone. À l’heure du plafond budgétaire, un pilote qui ne casse pas la voiture est un atout précieux, même s’il manque encore de vitesse pure pour jouer les points.
Si la fiabilité est sa carte de visite, Colapinto a tout de même montré quelques promesses sportives. Sa 11e place aux Pays-Bas, à la porte des points, reste son chef-d’œuvre de l’année. Plus intéressant encore, sa performance à Austin, où il a dominé son coéquipier Pierre Gasly tant en Sprint qu’en course principale, a prouvé qu’il ne se contentait pas de “promener” la voiture pour finir.
Cet exploit statistique ne suffira peut-être pas à faire de lui un champion du monde, mais dans le marché ultra-concurrentiel des pilotes de réserve ou des baquets de milieu de grille pour 2026 et 2027, cette réputation de “finisseur” est une ligne sur le CV qui peut faire la différence.