🔄 Mis à jour le 24/10/2026 à 22:42
Deux ans après l’abandon du moteur Renault en Formule 1, le site de Viry-Châtillon s’apprête à changer de mains. Mais les engagements pris par le constructeur français, puis abandonnés, ont laissé des traces. Dans une interview exclusive accordée à F1ACTU, les conseillers municipaux Aurélien Péroumal et Ké Ndiaye réclament des garanties concrètes au futur repreneur, Dumarey.

L’annonce de la reprise d’Alpine Racing SAS par le groupe belge Dumarey ouvre une nouvelle perspective pour le site historique de Viry-Châtillon. Le maire, Jérôme Bérenger, y voit l’espoir d’un retour au sport automobile d’excellence. Deux élus d’opposition, qui s’étaient mobilisés aux côtés des salariés en 2024, se montrent beaucoup moins enthousiastes.
« Nous n’attendons rien du repreneur sinon qu’il joigne le geste à la parole », déclarent Aurélien Péroumal et Ké Ndiaye à F1ACTU. Leur méfiance s’explique par les engagements successifs de Renault, dont le dernier en date, la création d’un centre d’ingénierie, n’a finalement jamais vu le jour.
En septembre 2024, Renault annonce l’arrêt du développement de son moteur de Formule 1 pour la saison 2026. F1ACTU avait alors suivi les inquiétudes des salariés, leur mobilisation à Monza et les échanges avec la direction du constructeur. Pour tenter de préserver une activité à Viry-Châtillon, Renault avait ensuite présenté un projet de centre d’ingénierie d’excellence et d’innovation.
Fin juillet 2025, après le départ de Luca de Meo et l’arrivée de François Provost à la tête du groupe, Renault renonce finalement à ce projet, selon le communiqué publié par le maire le 22 octobre 2026.
Pour Aurélien Péroumal et Ké Ndiaye, cet abandon nourrit directement leurs doutes sur la nouvelle étape qui s’ouvre. « Il avait été annoncé la création d’un centre Hypertech à Viry-Châtillon comme garantie de l’activité du site », rappellent-ils, avant d’estimer que ce renoncement « ne laisse rien présager de bon » pour la reprise par Dumarey.
Les deux conseillers municipaux du groupe Viry en commun avaient participé aux mobilisations organisées par les salariés et leurs représentants. Ils affirment rester solidaires de ces derniers face à ce qu’ils considèrent comme un nouvel épisode d’incertitude.
Le maintien des emplois ne suffit pas à les rassurer
Le 22 octobre, Renault a annoncé lors d’un comité social et économique extraordinaire son projet de céder Alpine Racing SAS à Dumarey, spécialiste des technologies de propulsion qui souhaite développer ses activités dans le sport automobile. L’opération reste soumise aux procédures de consultation et aux autorisations nécessaires. Elle concerne l’entité implantée à Viry-Châtillon, et non l’écurie Alpine F1 basée à Enstone.
Le communiqué du maire indique que la cession comprendrait le site et l’intégralité de la propriété intellectuelle du moteur F1 de la filiale. Il évoque également des garanties de maintien de l’emploi et des acquis sociaux pendant deux ans.
Pour les deux élus interrogés par F1ACTU, cela ne répond pas aux questions de fond. Les salariés occupent des postes hautement qualifiés et ont développé des compétences spécifiques au fil des programmes de sport automobile. Or, leur avenir professionnel reste incertain. « La simple annonce du maintien de leurs emplois n’est donc pas satisfaisante dans la mesure où ils n’ont aucune garantie ni aucune visibilité sur l’évolution de leurs postes, de leurs compétences et de leurs missions », expliquent-ils.
Les conseillers municipaux redoutent même une « stratégie du pourrissement », qui consisterait, selon eux, à laisser les métiers se dévaloriser jusqu’à provoquer des départs volontaires. Ils qualifient ce risque de « très élevé ».
À ce stade, les documents communiqués ne détaillent pas les programmes sportifs ni les activités industrielles que le repreneur compte développer à Viry-Châtillon. C’est précisément ce manque de visibilité qui alimente les interrogations des élus.
Le maire espère une renaissance, l’opposition réclame des actes
Jérôme Bérenger accueille favorablement les perspectives ouvertes par Dumarey. S’il regrette la fin de l’aventure Renault, marquée par les succès du constructeur en Formule 1, il salue l’espoir d’un projet renouant avec le sport automobile d’excellence. Il promet également de rester « extrêmement vigilant » quant au respect des engagements du repreneur, en lien avec les salariés et les acteurs publics concernés.
Aurélien Péroumal et Ké Ndiaye réclament, eux, des engagements vérifiables. Ils souhaitent que les salariés soient davantage associés aux décisions concernant l’avenir de leur entreprise et évoquent notamment la possibilité d’une assemblée générale extraordinaire. Ils prévoient également de proposer un nouveau vœu de soutien lors d’une prochaine séance du conseil municipal.
Les deux élus demandent par ailleurs au maire d’interpeller l’État et les ministres concernés. Ils estiment que les aides publiques accordées aux entreprises devraient s’accompagner de garanties sur la préservation des emplois et des compétences. Ils craignent aussi que les décisions concernant Viry-Châtillon soient reportées après l’élection présidentielle.
Avec le recul, ils jugent l’abandon du moteur Renault « une grossière erreur ». Ils estiment également que cette décision était préméditée, sur fond d’« appât du gain et de stratégie du pourrissement ».
Leur conclusion tient en quelques mots : « nous voulons juger sur pièces ».
Pour Viry-Châtillon, l’enjeu est désormais de savoir ce que Dumarey fera concrètement du site. Après le moteur Renault et le centre d’ingénierie abandonné, les élus interrogés par F1ACTU attendent que le prochain projet se traduise enfin dans les faits.
L’interview exclusive de F1ACTU avec Aurélien Péroumal et Ké Ndiaye

Les deux conseillers municipaux de Viry-Châtillon, membres du groupe Viry en commun, répondent aux questions de F1ACTU sur la reprise du site par Dumarey, les garanties attendues pour les salariés et les conséquences de l’abandon du moteur Renault en Formule 1.
- En 2024, vous aviez exprimé de fortes inquiétudes sur l’avenir du site et les conséquences de l’abandon du moteur Renault en Formule 1. Deux ans plus tard, Renault s’apprête à céder Alpine Racing SAS à Dumarey. Comment accueillez-vous cette annonce ?
En effet, nous avions pris part à l’ensemble des mobilisations qui avaient eu lieu à l’initiative des salariés et de leurs représentants. Nous avions également voté un vœu municipal transpartisan au Conseil municipal de Viry-Chatillon pour marquer le soutien plein et entier de la commune aux salariés, à leurs savoir-faire ainsi qu’à leur outil de travail au sein d’une filière d’excellence. 2 ans plus tard, nous sommes plus que jamais solidaires avec ces derniers suite à cet énième effet d’annonce et nous partageons leurs préoccupations quant aux vaines promesses d’un avenir stable.
- Renault et Dumarey présentent cette opération comme une possibilité de préserver et de développer les compétences de Viry-Châtillon. Est-ce, selon vous, une perspective réellement encourageante pour les salariés, ou restez-vous prudent tant que les projets industriels du repreneur ne sont pas précisés ?
Il faut naturellement rester prudent concernant ces effets d’annonce, surtout lorsque l’on constate l’état de l’industrie française de manière générale, qui est marquée par une recrudescence de placements en redressement judiciaire ou pis encore, des cessations d’activité. Par ailleurs, il avait été annoncé la création d’un centre Hypertech à Viry-Chatillon comme garantie de l’activité du site: il s’agit finalement d’un renoncement d’Alpine Racing, qui ne laisse rien présager de bon à l’aune de la reprise par Dumarey et des nouvelles promesses d’avenir radieux qui l’accompagnent.
- Le communiqué annonce que l’ensemble des effectifs de l’entité serait repris. Cette annonce vous paraît-elle suffisante pour rassurer les salariés sur le long terme ? Quels points restent, selon vous, à éclaircir concernant leurs emplois et leurs conditions de travail ?
Nous l’avons vu lors des différentes mobilisations qui ont émaillé l’année 2024, les salariés d’Alpine sont des durs au mal. Ils occupent des emplois ultra qualifiés d’une filière d’excellence et n’ont pas choisi de travailler chez Renault puis Alpine par hasard: la simple annonce du maintien de leurs emplois n’est donc pas satisfaisante dans la mesure où ils n’ont aucune garantie ni aucune visibilité sur l’évolution de leurs postes, de leurs compétences et de leurs missions. Cette situation est préoccupante et le risque de stratégie pourrissement – qui consisterait à faire en sorte que les salariés partent de leur propre chef après la dévalorisation de leur métier – est très élevé.
- Dumarey évoque le développement de ses activités dans le sport automobile, mais aucun programme concret n’a été annoncé. Quelles activités souhaiteriez-vous voir se développer à Viry-Châtillon pour que le site conserve un véritable avenir industriel et sportif ?
Notre unique souhait est que l’intégrité des salariés soit respectée car ceux sont eux qui produisent de la valeur. L’avenir de l’entreprise ne peut se décider sans celles et ceux qui sont aux manettes de l’outil de production. Par conséquent, il est plus que jamais nécessaire que les salariés soient écoutés et concertés sur les affaires d’Alpine à travers une assemblée générale extraordinaire, par exemple.
- En 2024, vous insistiez sur le risque de voir disparaître un savoir-faire français et tout un réseau de sous-traitants. La cession à Dumarey peut-elle permettre de préserver cet écosystème, ou craignez-vous que certaines compétences finissent malgré tout par se disperser ?
Nous n’attendons rien du repreneur sinon qu’il joigne le geste à la parole: si son ambition est de “préserver et de développer l’expertise exceptionnelle en ingénierie tout en créant de nouvelles opportunités de croissance”, qu’ils traduisent ces belles paroles par des engagements concrets en faveur des salariés.
- Quel rôle la municipalité et les élus locaux peuvent-ils encore jouer dans cette nouvelle étape ? Avez-vous déjà des échanges avec Renault ou Dumarey, ou comptez-vous solliciter le futur repreneur pour obtenir des précisions sur son projet ?
Les élus locaux que nous sommes doivent continuer de soutenir les salariés en participant activement à leur mobilisation. Nous proposerons lors de la prochaine séance du Conseil municipal le vote d’un second vœu de soutien. En temps qu’élus ne faisant pas partie de la majorité, nous enjoignons le Maire de Viry-Chatillon d’interpeller l’Etat et les ministres en responsabilité pour faire pression sur les dirigeants. De notre côté, nous formons le vœu que cette mobilisation à venir se joigne à celle qui s’exprime au niveau national dans un esprit de convergence des luttes.
- L’État étant actionnaire de Renault, estimez-vous qu’il doit intervenir pour garantir la pérennité des activités et des emplois à Viry-Châtillon ? Si oui, sous quelle forme ?
Le problème est que l’État est défaillant. Il distribue des crédits importants aux entreprises sans en contrôler l’utilisation et sans exiger aucune contrepartie supposément au nom du principe de libre entreprise, là où il faudrait au contraire demander des garanties sur la sauvegarde des emplois et des compétences. Qui plus est, nous sommes dans une période électorale marquée par de fortes tensions: le risque est que l’État joue la carte du statut quo en reportant le sujet après l’élection présidentielle et en laissant le soin au futur exécutif de trancher.
- Avec le recul, quel regard portez-vous sur la décision de Renault d’abandonner son moteur de Formule 1 ? La reprise par Dumarey peut-elle, selon vous, offrir une nouvelle vie à une partie de cette expertise, même en dehors du programme Alpine ?
Cet abandon était une grossière erreur car il a acté la fin d’une activité unique à Viry-Chatillon, au sein du bassin d’emploi du Nord Essonne et plus largement en France. Mais ne nous ne sommes pas dupes: cette décision était parfaitement préméditée sur fond d’appât du gain et de stratégie du pourrissement. Quant à la nouvelle vie du site, nous voulons juger sur pièces et gageons que Viry-Chatillon soit à nouveau en pole position.








