Aucune consigne en faveur de Norris : Piastri veut défendre ses chances. Un pari qui pourrait sourire à Verstappen dans une fin de saison explosive

« La réponse est non. » C’est par ces quatre mots, prononcés avec le flegme qui le caractérise, qu’Oscar Piastri a mis fin aux spéculations qui agitaient le paddock de Losail.
McLaren joue sa première couronne mondiale des pilotes depuis Lewis Hamilton en 2008 et l’écurie britannique se retrouve confrontée à un dilemme de riches qui pourrait bien se transformer en cauchemar stratégique. L’Australien a confirmé qu’il n’y aura pas de consignes d’équipe pour favoriser Lando Norris au Qatar, revendiquant son droit à jouer sa propre carte jusqu’au bout.
Si la posture de Piastri peut sembler égoïste aux yeux de certains observateurs, elle est en réalité d’une logique implacable sur le plan comptable. La double disqualification des McLaren à Las Vegas a paradoxalement renforcé la position de l’Australien. Bien que Lando Norris mène le championnat avec 24 points d’avance, Piastri pointe à la deuxième place, à égalité parfaite de points (366) avec Max Verstappen.
Dans ce contexte, demander à Piastri de s’effacer reviendrait à lui demander de saborder ses propres chances alors qu’il est mathématiquement aussi proche du titre que le quadruple champion du monde en titre. « J’ai encore une chance décente de gagner si les choses tournent en ma faveur », a-t-il justifié. Avec 58 points encore en jeu, Piastri sait qu’un abandon de Norris couplé à une victoire de sa part relancerait totalement les dés avant la finale d’Abu Dhabi. Accepter le rôle de lieutenant maintenant serait un aveu de faiblesse prématuré.
Cette décision de McLaren de laisser ses pilotes courir est tout à leur honneur sur le plan sportif, mais elle comporte un risque stratégique immense. L’ombre de la saison 2007 plane plus que jamais au-dessus de Woking. À l’époque, la guerre interne entre Fernando Alonso et Lewis Hamilton avait permis à Kimi Räikkönen (Ferrari) de rafler la mise pour un petit point.
Aujourd’hui, le prédateur s’appelle Max Verstappen. Contrairement aux deux pilotes McLaren qui pourraient se prendre des points l’un à l’autre, le Néerlandais n’a aucune contrainte interne et bénéficie d’une dynamique retrouvée. Depuis la pause estivale, Verstappen a inscrit 179 points, écrasant la concurrence, tandis que les McLaren, bien que performantes, ont trébuché sur des détails opérationnels et techniques. En refusant de cristalliser les positions, McLaren laisse la porte entrouverte à un retournement de situation historique de la part de Red Bull.
Cependant, la revendication d’indépendance de Piastri s’accompagne d’une lourde obligation de performance. Si l’Australien veut être traité comme un candidat au titre, il doit retrouver son rythme de début de saison. Les statistiques récentes sont cruelles : depuis sa victoire magistrale à Zandvoort, il a enchaîné sept courses sans le moindre podium, subissant la loi de son coéquipier.
Affirmer qu’on ne veut pas aider est une chose ; être assez rapide pour devancer Norris et Verstappen à la régulière en est une autre. Le Grand Prix du Qatar, avec son tracé à haute vitesse qui lui avait souri l’an dernier, est l’endroit idéal pour joindre le geste à la parole. S’il ne parvient pas à hausser son niveau de jeu ce week-end, son refus d’aider Norris pourrait passer pour de l’orgueil mal placé plutôt que de l’ambition légitime.
Pour une présentation du Grand Prix et des enjeux, nous vous recommandons la vidéo de RamiF1 suivante :