Les enseignements après le deuxième jour de test à Bahreïn

Mercedes et Red Bull freinées par des soucis techniques, pendant que Ferrari accumule les tours et les données essentielles pour 2026

Le désert de Sakhir ne pardonne pas, et ce deuxième jour de tests officiels vient de nous rappeler que la révolution 2026 est tout sauf une promenade de santé. Entre les cinq drapeaux rouges qui ont haché la séance et les visages décomposés chez certains motoristes, le paddock commence à réaliser l’ampleur du chantier. Si la feuille des temps affiche Charles Leclerc en tête avec un 1:34.273, c’est dans les garages, à l’abri des regards indiscrets, que se joue la véritable partie de cache-cache.

Ferrari : La force tranquille

Pendant que ses rivaux luttent contre des fuites hydrauliques ou des court-circuits électroniques, la Scuderia Ferrari affiche une sérénité presque agaçante. Charles Leclerc a non seulement signé le meilleur chrono, mais il a surtout enquillé 139 tours d’une régularité métronomique.

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On a vu les mécaniciens de Maranello badigeonner la SF-26 de peinture flow-vis (verte fluorescente) pour valider l’écoulement de l’air sur le train avant. Contrairement à Mercedes, Ferrari semble avoir accouché d’une voiture saine dès le premier kilomètre.

Le cauchemar continue pour Kimi Antonelli

Dans le box Mercedes, l’ambiance est aux antipodes. Après une première journée déjà tronquée, le jeune Kimi Antonelli a vécu un calvaire ce jeudi : trois petits tours avant que son moteur ne rende l’âme. Voir une “Motorsport Collectors Edition” se froisser sur la route est une chose, voir le moteur de la W17 être changé en urgence avant même d’avoir signé un chrono en est une autre.

George Russell a bien tenté de sauver les meubles l’après-midi avec 54 boucles, mais le retard s’accumule. James Vowles, le patron de Williams (pourtant motorisé par Mercedes), a d’ailleurs lâché une phrase qui pourrait préfigurer de l’écart de performance actuel avec Red Bull : “Nous voyons six dixièmes de différence de manière constante dans le virage 1. Nous ne pouvons même pas nous en approcher.”

Les secrets de la récupération d’énergie

Sur le bord de la piste, un détail sonore n’a pas échappé aux observateurs les plus attentifs. Pour compenser la perte de puissance thermique de cette nouvelle ère, les pilotes ont adopté une technique de pilotage atypique : rétrograder jusqu’en première vitesse dans les virages lents, là où ils restaient normalement en seconde.

Pourquoi ce changement de rythme ?

  • Recharge agressive : En faisant monter le moteur très haut dans les tours au rétrogradage, les pilotes boostent la régénération d’énergie de la batterie.
  • Gestion du “clipping” : Cela permet d’avoir plus de réserve électrique pour les lignes droites suivantes.
  • Leçon de Red Bull : Max Verstappen avait initié ce mouvement hier, et aujourd’hui, tout le monde tente de copier cette gestion électronique pour ne pas se retrouver “à sec” en fin de tour.

La surprise Bearman et le casse-tête Alpine

La sensation du jour vient de chez Haas. Ollie Bearman a bien failli réaliser le braquage de l’année en allumant les deux premiers secteurs en violet. S’il a échoué à la troisième place finale à cause d’un dernier secteur plus laborieux, la Haas semble être la “bonne surprise” de ce début de cycle, avec une fiabilité exemplaire (130 tours).

À l’inverse, chez Alpine, on commence à s’inquiéter. Malgré les 97 tours de Pierre Gasly, la voiture a fini sa journée immobilisée au virage 1. C’est le deuxième coup d’arrêt en deux jours pour le bloc Mercedes-Alpine. L’intégration semble plus complexe que prévu, et le temps presse avant Melbourne.

Un peloton dans le flou

Alors que le soleil se couchait sur Sakhir, offrant une lumière crépusculaire idéale pour tester les conditions réelles du futur Grand Prix, l’incertitude reste totale.

  • Aston Martin semble être l’équipe la plus en retrait, Lance Stroll avouant même qu’ils doivent “trouver quatre secondes de performance” — on parle bien de secondes, pas de dixièmes.
  • Audi continue son apprentissage avec des pontons minimalistes qui intriguent, mais la fiabilité reste précaire.
  • Red Bull a limité la casse après sa matinée blanche (fuite hydraulique pour Hadjar), mais le potentiel de la RB22 fait déjà peur à tout le paddock.

Rien n’est encore figé. Entre les “bluffs” de carburant et les modes moteurs bridés, la hiérarchie de 2026 ressemble encore à une équation à dix inconnues. Demain, pour l’ultime journée de cette première session, les masques devraient commencer à tomber.

1Charles Leclerc1:34.273
2Lando Norris+0.511
3Oliver Bearman+1.121
4George Russell+1.193
5Isack Hadjar+2.288
6Gabriel Bortoleto+2.397
7Pierre Gasly+2.450
8Valtteri Bottas+2.551
9Alexander Albon+2.956
10Nico Hulkenberg+2.993
11Arvid Lindblad+3.197
12Carlos Sainz+3.319
13Liam Lawson+3.744
14Fernando Alonso+3.975
15Sergio Perez+4.380
16Kimi Antonelli– –
Author: Elisabeth Maingé, Consultante
Ingénieure de formation et passionnée de Formule 1 depuis son enfance, Élisabeth Maingé évolue au sein d’un grand constructeur automobile, où elle travaille dans le domaine de la recherche et du développement. Elle met son expertise technique au service de F1ACTU en analysant les performances des monoplaces, les choix aérodynamiques et les enjeux liés aux évolutions réglementaires. Son regard d’ingénieure apporte un éclairage précis sur les forces en présence dans le paddock, en reliant les données techniques aux performances en piste.

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