Ferrari a déjà introduit 40 nouvelles pièces contre seulement 24 pour Mercedes, un écart qui interpelle en pleine lutte pour le titre
Depuis l’instauration du plafond budgétaire, développer une Formule 1 est devenu un exercice d’équilibriste. Chaque nouvelle pièce doit être pensée en fonction de son gain potentiel, mais aussi de son coût. En 2026, cette gestion prend une importance particulière alors que les écarts se resserrent en piste.
L’analyse des évolutions déclarées auprès de la FIA depuis le début de la saison fait apparaître une tendance assez surprenante. Ferrari et McLaren multiplient les nouveautés, Aston Martin a lourdement investi dans son AMR26, tandis que Mercedes avance avec beaucoup plus de retenue.
Ferrari est actuellement l’équipe qui a introduit le plus de nouveaux composants cette saison, avec 40 pièces déclarées, dont 36 considérées comme des évolutions de performance. McLaren et Red Bull suivent avec 38 nouveautés chacun. Aston Martin arrive ensuite avec 34, devant Mercedes et ses 24 nouveaux composants.
Le nombre de pièces ne permet toutefois pas, à lui seul, de savoir quelle équipe dépense le plus. Une petite modification aérodynamique et un nouveau fond plat ou un châssis n’ont évidemment pas le même coût de fabrication. C’est justement ce qui permet à Aston Martin de se retrouver en tête des estimations de dépenses. L’écurie de Silverstone a notamment introduit à la mi-saison un nouveau châssis allégé, une évolution particulièrement coûteuse à concevoir et à produire.
Avec 34 nouveautés, dont 33 classées comme des développements de performance, Aston Martin figure ainsi parmi les équipes les plus actives de la saison, mais surtout parmi celles qui ont consacré le plus de ressources à leur voiture.
Le contraste avec Mercedes est saisissant. L’équipe de Brackley n’a introduit que 24 nouveaux composants, dont 19 destinés à améliorer les performances de la W17. Ferrari en compte donc 16 de plus, tandis que McLaren et Red Bull en ont apporté 14 supplémentaires.
Après le Grand Prix des Pays-Bas, Toto Wolff a même reconnu que Mercedes n’avait plus beaucoup de marge financière pour continuer à développer sa voiture. « Nous n’avons pas d’argent pour développer des améliorations sur la voiture », a expliqué le patron de Mercedes.
Andrew Shovlin avait également prévenu que son équipe devrait terminer la saison avec moins de nouveautés que ses concurrents. « Tout au long de la saison, nous produirons probablement un fond plat et une carrosserie de moins que les autres équipes », avait indiqué le directeur de l’ingénierie de piste.
Mercedes mène actuellement le championnat constructeurs et peut donc considérer qu’il est plus intéressant de consacrer ses ressources à l’exploitation de la voiture actuelle plutôt que de multiplier les nouvelles pièces. La stratégie de Mercedes semble surtout reposer sur une utilisation plus longue de ses composants.
Plutôt que de faire arriver de nouveaux éléments à chaque course, l’équipe espace ses évolutions et cherche à tirer davantage de performance de la voiture existante grâce aux réglages et au travail effectué sur les pièces déjà produites. Cette approche présente un avantage évident avec le plafond budgétaire : chaque nouvelle évolution représente une dépense qui doit être justifiée par le gain attendu en piste.
Elle comporte aussi un risque. Si Ferrari, McLaren ou Aston Martin trouvent régulièrement quelques dixièmes grâce à leurs nouvelles pièces, Mercedes peut progressivement perdre une partie de l’avantage qu’elle a construit en début de saison.
Les accidents ont pesé sur les ressources disponibles
Les accidents représentent une facture importante. Red Bull serait actuellement l’équipe ayant consacré le plus de ressources aux réparations, avec une estimation proche de 2,8 millions de dollars.
Alpine suivrait avec environ 2,2 millions, devant Williams à 1,9 million. Mercedes se situerait autour de 1,8 million, tandis que Ferrari et McLaren seraient proches de 1,4 million.
Ces chiffres montrent aussi l’impact des accidents sur les finances des équipes. Avec le plafond budgétaire, l’argent consacré aux réparations ne peut évidemment pas être utilisé pour développer la voiture.
Red Bull se retrouve dans une situation particulière. L’équipe a déjà beaucoup dépensé en développement et figure parmi celles qui ont introduit le plus de nouvelles pièces. Mais les accidents ont également alourdi sa facture.
Laurent Mekies avait justement expliqué que Red Bull avait consacré d’importantes ressources à l’ingénierie pendant la première partie de la saison et s’attendait à voir le rythme de développement des concurrents ralentir au fil des mois.
Pour l’instant, les chiffres montrent pourtant que plusieurs équipes continuent d’investir lourdement.
Les 3 millions de dollars qui peuvent changer la fin de saison
Les règles financières liées à la transition vers le règlement 2027 offrent aux équipes une marge supplémentaire pouvant atteindre 3 millions de dollars pour certains travaux liés au changement de réglementation.
Cela signifie qu’une équipe ayant volontairement limité ses dépenses plus tôt dans la saison peut encore disposer de ressources pour accélérer son programme dans les derniers mois.
C’est ce qui alimente les interrogations autour de Mercedes. Andrea Stella estime notamment que l’équipe allemande pourrait encore augmenter son rythme de développement. Une hypothèse d’autant plus intéressante que Mercedes prépare une évolution importante pour l’automne.
La guerre des évolutions n’est donc pas encore terminée. Les chiffres donnent aujourd’hui l’avantage aux équipes qui ont beaucoup développé leur voiture, mais le véritable vainqueur sera peut-être celui qui aura le mieux réparti ses ressources jusqu’à la dernière course.



