Coup de gueule après le crash de Bearman à Suzuka

Le crash de Oliver Bearman à Suzuka relance la polémique sur la sécurité : les nouvelles règles créent des écarts de vitesse jugés dangereux.

Nous étions là. Tribune située juste à l’entrée de Spoon, au cœur de la ferveur japonaise. Ce qui devait être une célébration de la vitesse a viré à la terreur pure en une fraction de seconde. Voir la Haas d’Oliver Bearman percuter les protections après un impact latéral mesuré à 50G n’est pas seulement un “incident de course” : c’est le crash que tout le monde avait prédit.

Sur nos photos, prises par S Andre Yoder Harris quelques instants avant et après l’impact, on peut voir le carnage provoqué par l’accident. Ce n’était pas une erreur de pilotage classique, c’est un choc qui découle d’une aberration technique. Oliver s’en sort par miracle avec une simple blessure superficielle au genou, mais le sport, lui, vient d’encaisser un coup bien plus profond.

Le jeune Britannique, à peine sorti du centre médical, l’a résumé ainsi : « En tant que groupe, nous avions averti la FIA de ce qui pouvait arriver, et c’est le résultat vraiment malheureux d’un énorme delta de vitesse que nous n’avions jamais vu en Formule 1 jusqu’à ces nouvelles règles. »

Franco Colapinto était en phase de “récolte” d’énergie, sa batterie vide le forçant à rouler largement moins vite que la normale. Derrière, Bearman arrivait en plein déploiement électrique. À ce niveau de compétition, un tel delta de vitesse sur une trajectoire est presque une condamnation.

L’Argentin, témoin privilégié de la scène depuis son cockpit, a confirmé l’absurdité de la situation : « C’est un virage que nous passons à fond et il était plus de 50 km/h plus rapide que moi, c’est donc très étrange. […] La plus grande différence, c’est qu’une voiture roule à 50 km/h ou plus de moins que l’autre. C’est là que ça devient dangereux. »

Lando Norris et Max Verstappen ne cessent de le marteler : les pilotes ne contrôlent plus leur puissance. Le champion du monde en titre est d’ailleurs sorti de ses gonds après la course, décrivant une situation ahurissante : « Honnêtement, certaines fois… je ne voulais même pas dépasser Lewis. C’est juste que la batterie se déploie, je ne veux pas qu’elle se déploie, mais je ne peux pas le contrôler. Je le dépasse, puis je n’ai plus de batterie, alors il me repasse devant en volant. Ce n’est pas de la course, c’est du yo-yo. » La puissance arrive et repart selon des algorithmes, créant des situations dangereuses ou insensées, selon les cas.

Le mépris des pilotes ne peut plus durer

À Suzuka, il y avait une échappatoire. Mais qu’en sera-t-il sur les tracés étriqués ? Le Grand Prix Drivers’ Association (GPDA), par la voix de Carlos Sainz, avait prévenu, et l’Espagnol n’a pas tardé à hausser le ton : « Ici, nous avons eu de la chance qu’il y ait une zone de dégagement. Imaginez aller à Bakou, ou à Singapour, ou à Vegas, et avoir ce genre de différences de vitesse et de crashs près des murs. » Il a ajouté un avertissement clair : « Nous, au GPDA, avons averti la FIA que ces accidents allaient se produire souvent avec ce règlement, et nous devons changer quelque chose rapidement. »

Les pilotes ont crié leur inquiétude dès les premiers essais, mais la FIA et certains diffuseurs ont préféré vendre un “spectacle haletant” plutôt que d’écouter les experts derrière le volant. Préférer le “show” commercial à la sécurité physique des athlètes est une dérive que nous ne pouvons plus passer sous silence.

Face au tollé et au traumatisme de ce crash à 50G, l’instance dirigeante a fini par plier légèrement, déclarant officiellement : « Plusieurs réunions sont donc prévues en avril pour évaluer le fonctionnement des nouveaux règlements et déterminer si des ajustements sont nécessaires. »

C’est le minimum syndical. On ne peut pas attendre qu’un drame survienne dans les rues d’un circuit urbain pour admettre que le ratio 50/50 entre thermique et électrique est une erreur fondamentale. Le talent pur est aujourd’hui bridé par des unités de puissance qui s’essoufflent, transformant la F1 en une parodie technologique.

La F1 doit redevenir le sommet du sport automobile, pas un jeu de hasard électrique. Il est temps que les instances dirigeantes écoutent enfin ceux qui risquent leur vie à 300 km/h.

Author: Patrick Angler, Rédacteur en Chef
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